Le saint du jour 

Bientôt béatifié, qui était Monseigneur Fulton J. Sheen, celui que l’on surnommait « le microphone de Dieu » ?

Monseigneur Fulton J. Sheen - DR
" L'une des plus grandes voix de l’évangélisation…avec son usage prophétique des médias", véritable Pionnier des médias religieux ,monseigneur Fulton Sheen demeure une figure majeure du catholicisme du XXe siècle

Peoria, 9–10 février 2026. Après une pause de six ans, le Saint-Siège a autorisé la cause du Vénérable Fulton J. Sheen à avancer vers la béatification. L’annonce a été rendue publique le 9 février par l’évêque de Peoria, Louis Tylka. Aucune date officielle n’a encore été fixée. Toutefois, plusieurs sources proches du dossier évoquent la possibilité d’une célébration au mois de septembre 2026, sans qu’une confirmation formelle n’ait été publiée à ce stade par Rome. Le diocèse de Peoria a indiqué travailler avec le Dicastère pour les causes des saints afin de déterminer les modalités, et promet de communiquer ultérieurement la date et le lieu.

Dans sa déclaration du 9 février, l’évêque a décrit Fulton Sheen comme « l’une des plus grandes voix de l’évangélisation dans l’Église et dans le monde au XXe siècle ». Il a ajouté : « J’ai depuis longtemps admiré son engagement de toute une vie à servir l’Église comme prêtre, enraciné dans sa profonde dévotion à la Bienheureuse Vierge Marie et à l’Eucharistie. À travers les différentes étapes de sa vie, sa capacité à partager l’Évangile et à entrer réellement en relation avec les personnes a attiré d’innombrables âmes vers une rencontre avec Jésus, une rencontre qui a transformé non seulement sa vie, mais surtout la vie de ceux qu’il a touchés. »

Né Peter John Sheen le 8 mai 1895 à El Paso, dans l’Illinois, et décédé le 9 décembre 1979 à New York, il est une figure singulière du catholicisme américain, évêque auxiliaire de New York à partir de 1951, évêque résidentiel de Rochester en 1966, puis promu en 1969 archevêque titulaire de Newport. Son blason portait la devise latine Da per matrem me venire, que l’on peut rendre par cette demande filiale : « Fais que je vienne par la Mère. » Elle résume, à sa manière, l’une des lignes de force de sa spiritualité, la confiance dans l’intercession mariale, unie à une foi eucharistique ardente.

Sa formation éclaire une part de son autorité intellectuelle. Il fait ses premières études au collège Saint-Viateur de Bourbonnais, dirigé par les clercs de Saint-Viateur, puis au séminaire Saint Paul. Ordonné prêtre le 20 septembre 1919 pour le diocèse de Peoria, il poursuit des études supérieures à Washington et les achève à Louvain, en Belgique, où il est le premier Américain à remporter le prix Cardinal Mercier. Il devient agrégé en philosophie de l’université catholique de Louvain. Il passe ensuite un an en Angleterre comme vicaire à la paroisse Saint Patrick de Soho, à Londres, et comme professeur à St Edmund’s College.

De retour aux États-Unis, l’abbé Sheen exerce quelques mois dans une paroisse de Peoria avant d’être nommé professeur à l’université catholique de Washington. Cette période d’enseignement est celle d’un travailleur infatigable : il écrit, forme, dispute, et construit une pensée apologétique solide, attentive aux défis de la modernité.

Le 11 juin 1951, il est consacré évêque dans la basilique Saint-Jean-et-Paul de Rome par le cardinal Adeodato Giovanni Piazza. Il devient évêque auxiliaire du cardinal Spellman pour l’archidiocèse de New York, et reçoit le siège titulaire de Caesariana. Orateur brillant et écrivain fécond, il dirige aussi, pour l’Amérique, l’Œuvre de la Propagation de la Foi, et il prend la tête de deux revues religieuses. Comme évêque auxiliaire de New York, il participe aux quatre sessions du concile Vatican II entre 1962 et 1965, un détail important pour comprendre le contexte ecclésial dans lequel il exercera ensuite son ministère.

En 1966, il est nommé évêque de Rochester. Il gouverne ce diocèse du 21 octobre 1966 au 6 octobre 1969. Le 6 octobre 1969, il présente sa démission au pape Paul VI, qui le promeut archevêque titulaire de Newport. Il demeurera dans cette situation jusqu’à sa mort, survenue le 9 décembre 1979 à New York, à l’âge de 84 ans.

Si Fulton Sheen a compté, c’est aussi parce qu’il a compris très tôt la place des médias dans l’espace public. En 1930, il inaugure une émission de radio hebdomadaire sur NBC, diffusée le dimanche soir, The Catholic Hour. Deux décennies plus tard, l’émission rassemble un auditoire hebdomadaire d’environ quatre millions de personnes. En 1946, le magazine Time rapporte que son émission reçoit entre 3 000 et 6 000 lettres d’auditeurs par semaine. Il y présente la Seconde Guerre mondiale non seulement comme un combat politique, mais comme un combat théologique, allant jusqu’à décrire Hitler comme une figure de l’Antéchrist.

En 1940, il fournit un commentaire en voix off pour une messe de Pâques, l’un des premiers offices retransmis à la télévision. Pendant le sermon, diffusé sur la chaîne expérimentale W2XBS, il déclare : « C’est la première télévision religieuse de l’histoire du monde. Que son premier message soit donc un hommage de remerciement à Dieu, qui a donné à l’esprit de notre temps l’inspiration pour démêler les mystères de l’univers. »

Le 12 février 1952, il lance sur DuMont une émission hebdomadaire intitulée Life Is Worth Living, connue en français sous le titre La vie vaut la peine d’être vécue. Tournée à l’Adelphi Theatre de New York, l’émission consiste en un enseignement donné devant un public en direct, sans script, parfois aidé d’un tableau noir. Elle dure jusqu’en 1957, et attire jusqu’à 30 millions de personnes par semaine. En 1952, il reçoit un Emmy Award. Le magazine Time lui attribue alors le titre de « premier télévangéliste ». De 1961 à 1968, il présente aussi sur ABC The Fulton Sheen Program, d’abord en noir et blanc puis en couleur, selon un format très proche de Life Is Worth Living.

Son vêtement, cape épiscopale souvent portée à l’écran, est devenu une signature visuelle : non comme un artifice, mais comme un rappel de la nature pastorale de sa parole. Ce dépouillement de moyens, un homme, une voix, un tableau noir, donnait encore plus de poids à l’argument. Au-delà de la simple présence médiatique, il possédait un véritable génie oratoire. Sa parole était structurée, progressive, presque architecturale. Il savait partir d’une question concrète, souvent issue des drames ordinaires de l’existence, pour conduire son auditoire vers une vérité doctrinale solide, sans brusquerie. Son art consistait à rendre intelligible ce qui pouvait sembler abstrait, à transformer une thèse théologique en image claire, en contraste frappant, en formule mémorable. Il maniait l’humour avec précision, sans jamais tomber dans la légèreté, et utilisait le silence comme un élément rhétorique à part entière. Sa voix, ferme mais posée, donnait le sentiment d’une autorité paisible, loin des effets de polémique.

En partenariat avec Tribune Chrétienne.

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