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Signes ou canards ?

Le pardon est-il toujours possible ? Ces deux témoignages, l’un vécu dans la lumière d’une réconciliation, l’autre dans la difficulté persistante, donnent chair aux paroles exigeantes du Christ.

Sur le chemin du pardon

Étant à la retraite, j’ai pu passer une bonne partie de mon été à relire la Bible, principalement les petits prophètes qui ont tous poussé le peuple juif à se convertir et à faire pénitence. Leur discours pourrait se résumer ainsi : « Réconcilions-nous avec le Seigneur afin que celui-ci puisse, envers nous, exercer sa vertu principale : la miséricorde. »

Dans le monde d’aujourd’hui, les couples, les familles, les peuples, et même l’humanité tout entière ne sont plus avancés qu’à l’époque du Christ en la matière. Pardonner devient aussi rare que de demander pardon, par manque d’humilité et excès d’orgueil, mais aussi par ignorance de tous les bienfaits qui peuvent en découler.

Je me souviens encore avec précision d’une histoire survenue il y a plus de trente ans. Un matin, de bonne heure, je descends au village voisin pour faire des courses. C’est mercredi, jour de marché. Je m’arrête dans le café du coin, comme il peut m’arriver de le faire. L’établissement est plein. Beaucoup sont des amis agriculteurs et bûcherons. Rien ne me laisse présager la suite des événements. Quand Robert, le patron du café, m'aperçoit entrer, il élève la voix et m’insulte devant les clients ahuris : « Depuis que tu accueilles des SDF et des taulards chez toi, le pays brûle ! Pas une semaine sans incendie ! Dégage, sors de chez moi ! » Il est vrai que j'accueille à mon domicile une communauté appelée Saint-Joseph, qui vient en aide aux  marginaux. Confus, blessé, humilié devant tout ce monde, je quitte, honteux, l'établissement.

Les semaines suivantes, lorsque je marche dans les rues du bourg, je fais attention à me trouver sur le trottoir d’en face afin de ne plus subir les foudres du cafetier. Les incendies continuent : une grange, une maison, des réserves de foin, des étables, etc. Je suis sûr que cela n’est pas le fait de personnes accueillies chez nous, mais enfin…

Plusieurs mois passent ainsi, jusqu’à ce jour que je n’oublierai jamais. Alors que je descends la rue sur le même trottoir que j’emprunte désormais, j’entends une voix : « Viens boire un café. » Il est très tôt. J’entre dans le bar. Robert referme la porte derrière moi. Immédiatement, le quinquagénaire se met à pleurer : « Je te demande pardon Jeel. L’incendiaire, c’était mon fils. Il est pompier et touche 200 francs par intervention. Hier soir, il a été pris en flagrant délit alors qu’il tentait de mettre le feu à un chai. Il a tout avoué, il est maintenant en prison. »

Voir cet homme en pleurs devant moi me bouleversa. Jamais je ne m’étais retrouvé face à une telle humilité. Quel enseignement ! Nous nous sommes réconciliés, et avec la même simplicité dont il avait fait preuve, j’ai repris mes habitudes chez lui. La puissance du pardon.

Un défi insurmontable ?

Dans le Nouveau Testament, nous pouvons lire ceci : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Car si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi » (Mt 6,12-14). Jésus nous propose ici un défi presque insurmontable : discerner l’offense, puis l’effacer avant de la diluer dans la charité. Mais bien souvent, cela nous paraît impossible.

Il y a quelques années, j’étais président d’une petite association creusoise consacrée à Notre-Dame. Pour faire vivre notre dévotion, nous avons acheté un grand et beau domaine entouré d’une rivière. Nos prêtres ont été d’un précieux secours, et plusieurs volontaires se sont investis courageusement devant les défis qu’une telle acquisition représentait pour des pauvres comme nous. J’ai proposé à l’une des bénévoles le poste de trésorière. Pendant cinq années, je pense avoir fait de mon mieux pour la remercier de son investissement. Puis j’ai perdu la majorité, et j’ai dû démissionner. À mon grand étonnement, cette dame a tout mis en œuvre pour me nuire, je risquais même des poursuites pour des aides que j’avais octroyées à des gens dans le besoin. Heureusement, grâce à la fidélité des prêtres, il n’en fut rien.

Mais aujourd’hui encore, alors que je connais la valeur du pardon que je loue dans mon texte précédent, je n’arrive pas moi-même à pardonner cet acte de trahison. L’Esprit Saint me permettra-t-il une rencontre afin que la communion règne à nouveau entre nous ? Merci d’avance de vos prières.

Jeel

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