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Grandeur et misère du sacerdoce

Qu’est-ce donc que le sacerdoce dont même l’indignité morale de ceux qui l’ont reçu n’entame ni la grandeur ni la beauté ?

« Oh, que le prêtre est quelque chose de grand ! » Avouons-le, ce cri d’admiration du Curé d’Ars devant le sacerdoce a quelque chose de détonnant aujourd’hui. L’image du prêtre a été si profondément dégradée ces derniers temps que tout éloge du sacerdoce paraît déconnecté et provocateur. Pourtant, il importe de distinguer la sainteté personnelle du ministre et sa fonction. Le Curé d’Ars comparait les prêtres à des entonnoirs de la grâce : que l’entonnoir soit d’or ou de fer blanc, l’important reste qu’il laisse passer la liqueur divine ! 

Prêtre et victime

Quand il chasse les marchands de bœufs, de brebis, de colombes, le Christ livre, par son action prophétique, une définition du sacerdoce nouveau. Celui-ci ne consiste plus, contrairement au sacerdoce des lévites, à offrir à Dieu des sacrifices d’animaux en faveur du peuple. Il consiste à s’offrir soi-même. Et c’est bien ce que Jésus, vrai Agneau de Dieu, fera en mourantsur la Croix. Le Christ est l’unique Prêtre, le « grand prêtre que notre foi confesse » (Hb 3,1), car il n’a pas offert d’autre victime que lui-même : il a versé son propre sang. Les chrétiens, par leur baptême et leur confirmation, participent à ce sacerdoce nouveau : ils sont prêtres, ils ont à s’offrir eux-mêmes « en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu » (Rm 12,1). « Tu n’as pas à chercher au dehors ce que tu dois immoler à Dieu, explique saint Pierre Chrysologue. Sois donc le sacrifice et le prêtre de Dieu . »  Ainsi se constitue « une nation sainte, un royaume de prêtres » (Ex 19,6).

 

Pour servir ce peuple sacerdotal, le Christ institua le sacerdoce ministériel. Le sacrement de l’ordre que les prêtres ont reçu les habilite à agir « in persona Christi » dans la célébration des sacrements dont ils sont les ministres. Saint Augustin disait : « Quand Pierre baptise, c’est Jésus qui baptise ; quand Judas baptise, c’est Jésus qui baptise . » C’est toujours le Christ qui agit à travers n’importe lequel de ses prêtres. Comment la grâce divine accepte-t-elle de se déverser à travers un canal si déficient ? Le tout-divin à travers le trop humain ? C’est la logique même de l’Incarnation qui est en jeu. Le sacerdoce demeure un « signe de contradiction » (Lc 2,34). Par ce trait, il s’assimile parfaitement à son Seigneur. Si le Christ choquait ses contemporains parce que, lui qui était homme, il se faisait l’égal de Dieu (Jn 5,18 ; 10,33), quel scandale bien plus grand encore provoquent ces prêtres, si visiblement humains, qui ont la prétention de nous offrir Dieu !  (...)

L’amour du Cœur de Jésus

Si le prêtre est grand, ce n’est pas par ses vertus ou capacités personnelles, c’est parce qu’il participe, lui aussi, et de manière spécifique, à l’unique sacerdoce du Christ. Il est apôtre, c’est-à-dire envoyé par Dieu vers les hommes. Il ne doit oublier ni qui l’envoie ni ceux à qui il est envoyé. Un prêtre qui s’occuperait admirablement des gens sans jamais prendre le temps de la prière et de l’intimité avec Dieu oublierait par qui il est envoyé. Inversement, un prêtre qui serait toujours en oraison, en se désintéressant des ouailles de sa paroisse, oublierait vers qui il est envoyé. Le sacerdoce apostolique, c’est la relation, l’être par et l’être pour le va-et-vient entre le Ciel et la terre. Les prêtres, si j’ose dire, font le pont. Non pas en allongeant leur week-end, mais en portant Dieu aux hommes et les hommes à Dieu. Ils sont comme ces anges de l’échelle de Jacob (Gn 28,12) qui, sans cesse, montent et descendent depuis la terre vers le Ciel et réciproquement. « Le sacerdoce, disait le Curé d’Ars, c’est l’amour du Cœur de Jésus », l’amour de ce Cœur battant d’une pulsion inséparable de la charité pour son Père et pour ses frères humains.

Retrouvez l'intégralité de cet article dans le numéro 11 du magazine 1000 Raisons de Croire.

Père Guillaume de Menthière

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