A la une   Le saint du jour 

José Gregorio Hernández, un saint médecin

Comment les saints entrent-ils dans notre vie ? Chaque histoire est unique, marquée par des rencontres plus ou moins surprenantes, un enchaînement de circonstances providentielles inattendues. José Gregorio Hernández, canonisé le 19 octobre dernier, est de ceux-là. Parfait inconnu en France, il devient absolument incontournable dès que l’on s’approche du monde latino-américain.

Lors d’un séjour au Venezuela, une relique de premier ordre m’a été offerte par le vice-postulateur du bienheureux José Gregorio. Les frères de mon ordre, les Dominicains, m’ont fait part de leur surprise et m’ont fait découvrir la grandeur du don qui m’avait été fait : « Si les policiers et les douaniers voient cela à l’aéroport, ils mettront un genou en terre. » Je croyais qu’ils exagéraient… Au cours du dernier pèlerinage du Rosaire à Lourdes, alors que je parlais avec une classe de primaires à la sortie d’une chapelle, voici que sort un groupe d’hispanophones. Ce sont des Vénézuéliens. Je leur dis que j’ai en ma possession une relique de José Gregorio et la leur montre. J’ai cru qu’ils allaient pleurer. Finalement, les frères n’avaient pas exagéré.

Une vie au service des autres

José Gregorio naît à Isnotú, une petite ville de l’État de Trujillo, dans la cordillère andine, dans l’Ouest du Venezuela, le 26 octobre 1864. Il est le premier de six frères et perd sa mère à l’âge de 8 ans. Elle lui inculque une foi fervente. Cette foi l’accompagnera toute sa vie et suscitera chez lui le désir de se donner entièrement au Seigneur. Alors qu’il n’a encore que 13 ans, il manifeste à son père son souhait d’étudier le droit. Ce dernier le pousse à embrasser une carrière de médecin. Docilement, il va suivre l’orientation proposée par son père et quitte Inostú pour se rendre à Caracas, la capitale.

Étudiant appliqué, il obtient une maîtrise en médecine générale à l’Université centrale du Venezuela. Le gouvernement de son pays lui accorde une bourse qui va lui permettre de poursuivre des études à l’étranger. En novembre 1889, il fréquente le laboratoire d’histologie de Mathias Duval à Paris où il va approfondir ses connaissances en microbiologie, histologie, pathologie, bactériologie et physiologie expérimentale. Ces branches de la médecine sont alors très peu connues dans son pays d’origine. Il ne profite pas de la vie parisienne et se distingue par son sérieux, sa vie sobre et religieuse. Il approfondit ses connaissances par un nouveau cycle d’études, cette fois à Berlin. Ses compétences linguistiques lui permettent de s’adapter facilement et de tirer un profit maximal de cette formation toujours plus spécialisée. Il rentre au Venezuela en 1891 avec du matériel médical dont le premier microscope de l’histoire du pays.

Le « médecin des pauvres »

José Gregorio vit son engagement de médecin comme une véritable vocation. Avec honnêteté et efficacité, il communique le savoir qu’il a acquis lors de son séjour en Europe. Un peu plus tard, il aura l’occasion de s’y rendre de nouveau, en Espagne notamment, après avoir suivi des études complémentaires aux États-Unis. Il arrive à allier des études universitaires à une carrière d’enseignant, de chercheur et de médecin. Ainsi, alors qu’il fonde le premier bureau de bactériologie des Amériques ou bien encore l’École de médecine en 1906, il n’oublie pas le service des malades. De son vivant déjà, il est surnommé le « médecin des pauvres ».

Cette excellence scientifique et médicale aurait pu lui faire oublier la ferveur de son enfance. Il n’en est rien. Catholique fervent, adepte de la messe quotidienne, il fait profession dans le Tiers-Ordre franciscain le 7 décembre 1899. La prière habite ses journées qu’il consacre aux soins des plus pauvres. Cependant, il ne veut pas en rester là et souhaite se donner entièrement au Seigneur. En 1908, il fait une tentative de vie religieuse en chartreuse près de Lucques en Italie, mais des soucis de santé l’obligent à abandonner ce type de vie. Trois années plus tard, il décide de s’inscrire à l’École pontificale d’Amérique latine à Rome mais, une fois encore, de graves problèmes pulmonaires l’obligent à renoncer à son projet et à rentrer au pays. Il s’efforcera donc de vivre sa vocation chrétienne au service des malades auxquels il va véritablement donner sa vie par amour du Seigneur.

Sa mort accidentelle survient le 29 juin 1919. Il est renversé par une voiture en sortant d’une pharmacie où il était allé acheter des médicaments pour une pauvre malade qu’il visitait habituellement. Cet accident provoque une véritable onde de choc. « Un saint est mort ! » dit-on et ses funérailles rassemblent plusieurs milliers de personnes : une foule anonyme mais également les autorités civiles, scientifiques et religieuses. Sa tombe se trouve aujourd’hui dans l’église de la Candelaria à Caracas. C’est là qu’il est l’objet d’une vénération constante. Les fidèles n’ont d’ailleurs pas attendu le jugement de l’Église pour le considérer comme saint.

Le pape Jean-Paul II le déclare vénérable le 16 janvier 1986. Il est solennellement proclamé bienheureux le 30 avril 2021 et sa canonisation est célébrée le 19 octobre dernier à Rome.

Une attention aux faibles et aux petits

Très vite, José Gregorio est invoqué pour de multiples raisons qui ne se cantonnent pas aux problèmes médicaux. Et ceux qu’il exauce sont souvent étonnés par son efficacité : apparitions, dépôt de médicaments, solution apportée à des situations qui semblaient désespérées… Il ne ménage pas ses efforts et certains n’hésitent pas à parler d’une « tempête de miracles ». Manifestement, il aime les petits. Le miracle ayant permis sa béatification concerne une fillette qui a été blessée par des coups de feu lors d’un cambriolage en 2017. Sa tête avait reçu plusieurs balles et les médecins pronostiquaient des conséquences neurologiques catastrophiques. La mère de cette enfant a invoqué José Gregorio : sa fille est sortie de l’hôpital quelques jours plus tard, sans aucune séquelle.

L’auteur de ces quelques lignes peut témoigner qu’il l’a invoqué pour des cas insolubles à vue humaine et que la réponse ne s’est pas fait attendre. L’intervention de José Gregorio n’a rien eu de magique, mais elle a permis un cheminement inattendu, un dénouement plus que surprenant qui ne doit absolument rien au hasard. Le médecin a agi, en accord avec son Maître, le Bon Médecin par excellence. José Gregorio nous rejoint. D’une part, il n’est absolument pas anodin de voir la canonisation d’un médecin. À l’heure où nos sociétés remettent dangereusement en cause la valeur de la vie humaine, un tel saint ne peut que nous rappeler, à l’instar de Mère Teresa en son temps, qu’une société qui oublie de défendre les plus faibles court à sa perte. D’autre part, la mise à l’honneur d’un médecin nous rappelle que nos vies sont blessées par le péché et par leur histoire. Nous avons besoin d’intercesseurs qui nous permettront de faire un chemin de guérison. Un saint médecin sera le meilleur des guides !

Peut-être a-t-il d’autres aptitudes ? Notre communauté de Bordeaux va l’invoquer pour les énormes travaux qu’elle entreprend. S’il intervient aussi dans ce domaine et touche le cœur de nos bienfaiteurs, je reviendrai vers vous pour en rendre compte…

Fr. Louis-Marie Ariño-Durand, o.p.

Retour à l'accueil