La Sagrada Familia : le rêve d’un homme gravé dans la pierre
Il y a cent ans mourait l’un des plus grands architectes du XXe siècle, Antonio Gaudí, déclaré vénérable l’an passé. Alors que les travaux de son chef d’œuvre, la Sagrada Família, touchent à leur fin, revenons sur cette épopée hors du commun.
DR
Ce week-end-là, le temps est malheureusement gris à Barcelone, deuxième plus grande ville d’Espagne. Les tours de la Sagrada Família se détachent à peine du ciel laiteux. L’entrée est entourée de gardes et les travaux, au sol comme dans les airs, ne sont pas encore achevés. La tour la plus haute, celle dédiée au Christ, est reliée par une plate-forme à une immense grue. Des échafaudages couvrent aussi certaines parties basses de la basilique.
Tout autour de l’édifice, des boutiques de souvenirs tentent de tirer avantage du monument le plus fréquenté d’Espagne avec ses 4,7 millions de visiteurs par an, devant l’Alhambra de Grenade. Sur le parvis, des centaines de personnes ont les yeux tournés vers le ciel, un optimiste écrirait le « Ciel », afin d’observer les dix-huit tours dédiées aux quatre évangélistes, aux douze apôtres, à la Vierge Marie et au Christ. Sur les pinacles, des fruits et des légumes colorés selon une technique inventée par Gaudí attirent l’œil : des épis de maïs, du raisin, des pamplemousses. Pour le reste, la Sagrada Família est notamment constituée de cinq nefs. En s’approchant, on découvre la façade de la Nativité comportant trois portails, chacun dédié à l’un des membres de la Sainte Famille. Le portail central, consacré au Christ, arbore à lui seul 31 sculptures. Des heures d’observation ne suffiraient pas à en découvrir chaque détail, tant ils sont nombreux.
En entrant dans l’édifice, l’espace domine, écrasant. « Avez-vous déjà visité une église comme celle-ci ? » demande la voix féminine du guide audio. La réponse est assurément non, malgré les centaines de bâtiments religieux que j’ai eu la chance d’admirer autour du globe. Associant l’esthétique et l’efficacité, les colonnes qui supportent l’édifice ressemblent à des arbres plantés, sur lesquelles des petites croix discrètes sont accrochées. Dans ce temple de la nature et de la lumière, on dénombre pas moins de 5 000 vitraux. De quoi donner le vertige. L’artiste espagnol Joan Vila-Grau a travaillé plus de vingt ans sur ces vitraux. Gaudí disait : « Le soleil est le meilleur peintre. » D’un côté, les couleurs chaudes : rouge, orange, jaune ; et en face, celles plus froides, comme le vert, le bleu et le violet. Toutes ces couleurs ont été placées après étude de la rotation de la Terre autour du soleil. La perception est différente selon l’heure et la météo du jour,, la période de l’année. L’effet est notamment spectaculaire autour des solstices du 21 juin et du 21 décembre. Les rayons du soleil étant à ces périodes très horizontaux et perpendiculaires aux vitraux, au coucher et au lever du soleil, chacune des rosaces projette sa lumière sur les colonnes et la partie opposée de la voûte.
Le calme au cœur de la tempête
La lumière est belle, mais elle n’est pas la seule à impressionner. Au milieu de la basilique, Jésus, presque entièrement dénudé, est suspendu, cloué à sa croix. Le regard tourné vers le Ciel dans un abandon total, il semble nous enseigner que seul Dieu peut nous soustraire aux bassesses de la terre. Tout autour de lui, des touristes de diverses nationalités se prennent en photo. Bien sûr, il est impossible de sonder leur cœur, mais les gestes se ressemblent. Assis sur un banc, on vérifie son sourire lors de son dernier selfie. On jette un œil sur ses réseaux sociaux. On appelle même ses amis ou sa famille. Qu’aurait pensé Gaudí de toute cette agitation ? Se serait-il réjoui qu’autant de personnes visitent son œuvre ou, au contraire, aurait-il été dépité en voyant que si peu d’entre eux semblent connaître Jésus ? J’aurais aimé qu’une petite alarme retentisse et que, pendant une minute, une minute seulement, tout s’arrête. Que chacun se donne une chance d’être habité par la présence du Seigneur qui est juste là, exposé à la vue de tous. Mais il est si discret, humble, comme il nous apprend à l’être, que personne ne semble le voir. Réduit à l’état d’œuvre d’art au mieux, invisible au pire. Pourtant, tout n’est pas perdu…
Au beau milieu de ce tumulte, un fidèle d’une cinquantaine d’années pose ses genoux à terre, au premier rang. Ses yeux sont tournés vers le Christ en croix, ses mains jointes dans un élan de prière. Pendant plusieurs dizaines de minutes, cet homme chauve aux lunettes carrées noires ne bouge pas. À peine ose-t-il sortir un mouchoir pour lutter contre le vent froid qui s’engouffre sous le portail central et fait couler son nez. Indifférent à l’agitation constante, il est en conversation directe avec Dieu. Bientôt, il est rejoint par d’autres qui, eux aussi, viennent poser leurs genoux au sol quand la mode est de tendre le bras en l’air, son téléphone en main. Non, la foi n’est pas morte. Maïa, une petite fille grecque orthodoxe de onze ans, en est le témoin vivant. C’est elle qui a demandé à sa maman de l’accompagner aux pieds du Christ pour lui remettre ses prières à genoux. « J’avais besoin de prier pour ma famille, et ça m’a fait beaucoup de bien », explique-t-elle en anglais de sa petite voix fluette.
Ma visite se poursuit dans la crypte de la basilique, achevée en 1891, dernière demeure d’Antonio Gaudí. Accessible par un escalier à gauche de l’abside, elle est située un niveau en dessous. Dans cet espace circulaire de style néo-gothique, des messes sont célébrées quotidiennement, notamment en catalan, en espagnol et en latin. C’est le cœur silencieux du temple. Un sol surprenant, fait de liège, en recouvre les deux mille mètres carrés pour préserver l’acoustique et offrir du confort aux pèlerins qui prient longtemps à genoux. Les sept chapelles sont dédiées à la Vierge Marie, à Jésus et à son Sacré Cœur, ainsi qu’à la Sainte Famille. Ici, l’atmosphère est pieuse, harmonieuse. En levant les yeux, le visiteur pourra admirer au centre de la coupole la scène de l’Annonciation, merveilleusement incrustée dans un écrin doré.
Deux heures plus tard, mon tour s’achève par l’observation de la façade de la Passion avec, à sa gauche, la coupole qui surmonte la sacristie. Plus austère que la façade de la Nativité, elle invite au recueillement. « Les six colonnes ressemblent à des muscles tendus », explique la voix de l’audioguide. Jésus, qui brille encore par sa présence subtile. Sur le parvis, je croise un couple de Français. « Qu’on soit chrétien ou pas, c’est quelque chose à voir. C’est magnifique », reconnaît Frédérique, une Angevine en week-end à Barcelone. « C’est très intéressant d’un point de vue culturel », ajoute Pascal, son mari. Comme beaucoup, ces chrétiens non pratiquants sont venus visiter cette attraction incontournable, plus que se recueillir.
Le message de la foi chrétienne gravé dans la pierre
La cathédrale des anges, qui mêle style gothique, art nouveau et éléments modernes, a vu son histoire débuter en 1874 avec le rêve d’un écrivain espagnol, Josep María Bocabella (1815-1892). De retour de voyage, il acquiert un terrain chez lui en Catalogne pour y faire construire une église en hommage à la Sainte Famille, qui serait une réplique du sanctuaire de Lorette en Italie. En 1882, la première pierre est posée sous l’impulsion d’un architecte bien connu à l’époque, Francisco de Paula del Villar. Mais un an plus tard environ, suite à des désaccords entre les deux hommes, ce dernier abandonne le projet et c’est Gaudí, un jeune architecte inconnu de 31 ans, qui prend le relais. L’homme redessine tout pour donner corps à ses rêves de nature, de forêts et de grands espaces.
Comme il s’agit d’un temple expiatoire, les travaux sont exclusivement financés grâce aux dons. Cela prend du temps. Quand des détracteurs se plaignent de la lenteur du chantier, Gaudí, non sans humour, répond que son client n’est pas pressé. Mais à partir de 1914, il se consacre quand même essentiellement à la basilique, ayant achevé d’autres projets comme le parc Güell et la Casa Batlló. En 1925, l’homme assiste avec joie à une étape importante : la fin de la construction du clocher. Gaudí voulait faire de cette église l’édifice le plus haut de Barcelone. Elle sera la plus grande du monde. Malheureusement, l’année suivante, l’homme est fauché par un tramway deux semaines avant de fêter ses 74 ans. Deux jours plus tard, il est enterré dans la crypte, dans la chapelle de Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Bien qu’il ait consacré 43 années à son œuvre dans laquelle il résidait à la fin de sa vie, seuls 20 % des travaux étaient achevés à sa mort.
Par la suite, la guerre civile (1936-1939) interrompt les travaux, les plans sont brûlés et les architectes qui reprennent le chantier tentent au mieux de rester fidèles à l’esprit de Gaudí. Aujourd’hui, l’épopée centenaire de cette éternelle inachevée touchera bientôt à sa fin. En octobre dernier, la Sagrada Família est devenue l’édifice chrétien le plus haut du monde, culminant à 162,91 mètres après la pose d’une partie de sa tour centrale. Bientôt, cette tour consacrée à Jésus sera achevée et atteindra les 172 mètres. Elle sera inaugurée lors d’une messe à laquelle participera le Pape, en juin prochain, à l’occasion du centenaire de la mort de Gaudí. La façade de la Gloire, entrée principale de la Sagrada Familia, dont le gigantesque escalier constitue un objet de désaccords entre la mairie de Barcelone et le bâtiment, sera alors l’ultime étape des travaux. Elle devrait être achevée autour de 2035. On croise les doigts.
Marie-Ève Bourgois
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