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Le moment le plus triste de l’histoire de Cuba

Mgr Arturo González Amador, évêque de Santa Clara, vit « le moment le plus triste de l’histoire de Cuba ». Le président de la conférence des évêques cubains sort de la réserve qui caractérise habituellement le clergé de son pays, pour décrire la situation d’un peuple aux abois.

« Tout est devenu une lutte pour survivre. Le présent est précaire, l’avenir totalement incertain », témoigne l’évêque. Confronté au blocus pétrolier, l’économie déjà anémique de l’île connaît une crise profonde. Le peso cubain (CUP) s'est désintégré face au dollar sur le marché informel, et l’inflation s’aggrave. Des produits de premières nécessités sont inabordables, les pannes d’électricité deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues. Durant ce mois de mai, il est arrivé qu’elles durent 24 heures.

« Chaque jour qui passe, nous sentons qu’il devient plus difficile de vivre, surtout pour les pauvres, les personnes âgées vivant seules, les retraités et les mères célibataires », déplore Mgr González. Des malaises surviennent régulièrement lors des célébrations, parce que beaucoup de fidèles n’ont pas mangé depuis des jours.

Même les hôpitaux ne sont pas épargnés ; certains manquent non seulement de matériel chirurgical, mais simplement d’eau. Les malades dépendent de l’aide de leurs familles pour recevoir les fournitures médicales nécessaires. « Je connais plusieurs cas où des personnes ont dû demander à des proches ou à des amis vivant à l’étranger de leur envoyer tout le nécessaire pour pouvoir être opérées, jusqu’au fil de suture », témoigne l’évêque.

Cette situation délétère se traduit par un climat d’angoisse généralisé, aggravé par l’éventualité d’un conflit ouvert. Les Cubains se sentent isolés, reclus sur leur île et sans allié face aux États-Unis qu’ils perçoivent comme imprévisibles et hostiles. Les dépressions et les addictions frappent cette population que l’émigration massive prive de ses forces vives.

L’insécurité ajoute un nouveau sujet de préoccupation. Les cambriolages se multiplient et les Cubains évitent de sortir, une fois la nuit tombée. « L’adoration nocturne a pratiquement disparu », explique Mgr González. Dans certains endroits, la Vigile pascale a même dû être célébrée de jour en raison des coupures de courant, des difficultés de déplacement nocturne, des agressions et de la violence dans les rues.

Pourtant, malgré cette ambiance délétère, des initiatives de solidarité démontrent que la charité des fidèles reste intacte. De petites cantines solidaires et des repas livrés à domicile pour les personnes handicapées ou alitées voient le jour. « Ils trouvent de la nourriture et des ressources là où il n’y en a pas… », s’émerveille l’évêque. Il ajoute que cette charité simple et discrète possède une immense force évangélisatrice. « Le jour où une religieuse ou un prêtre mourra de faim ou faute de médicaments, c’est qu’il ne restera plus personne en vie, car tous partagent le peu qu’ils ont », affirme-t-il.

Source : Aide à l’Église en Détresse (18/5/2026)   

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