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Ils plantent des croix pour arrêter les bulldozers

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Le documentaire Pesta Babi jette une lumière crue sur l’appropriation des terres de Papouasie occidentale par le gouvernement indonésien. Produit par deux jeunes réalisateur indonésien, Cypri Paju Dale et Dandhy Laksono, il raconte l’exploitation systématiques et brutale de ce territoire au détriment des autochtones. Les Papous de ces régions voient leurs champs expropriés, leur environnement détruit et leurs revendications balayées par une administration indonésienne au mieux indifférente à leur sort. Ils ont le sentiment que leur identité, papoue et chrétienne, est méprisée par les Indonésiens et qu’ils sont considérés comme des « cochons », ce qui a donné le titre du documentaire qui leur est consacré. Pesta Babi signifie littéralement « la fête des cochons », en référence à une fête traditionnelle dans laquelle les porcs – honnis par les Indonésiens musulmans – tiennent une place importante.

Dans une même logique de résistance et d’affirmation de leur identité et de leur foi, ces chrétiens plantent de grandes croix de bois pour tenter de faire barrage aux véhicules des sociétés qui viennent exploiter leurs terres. Au sud de la Papouasie occidentale, région particulièrement frappée par la déforestation, au moins 1800 de ces croix ont été dressées, symboles à la fois physiques et spirituels de la résistance de la culture papoue.
Cette résistance et les injustices faites au peuple papou sont rapportées par les documentaristes de Pesta Babi. Leur film gène manifestement le gouvernement indonésien. En effet, le président Prabowo a fait du vaste projet agricole en Papouasie occidentale l’une de ses priorités. Sous le nom de Food Estate, son programme a facilité l’exploitation massive de vastes zones de forêts primaires, qui deviennent des plantations de canne à sucre ou d’huile de palme.

L’objectif affiché est d’assurer l’indépendance alimentaire de l’archipel. Mais du point de vue des Papous interrogés dans le documentaire, il s’agit là d’une absurdité totale et dangereuse. Ils ont déjà leurs sources de nourriture traditionnelle. À leurs yeux, les grands travaux décidés par des fonctionnaires de la lointaine Java n’apportent que de la destruction. Ils ne demandent rien de plus que de pouvoir continuer à vivre dans leurs forêts intactes, avec leurs rivières non polluées.

Plusieurs représentations publiques de ce documentaire ont été interdites. L’une d’entre elles devait avoir lieu au début du mois de mai, à l’université Mataram à Lombok, sur l’île de Nusa, mais elle a été annulée officiellement sur ordre de la direction de cette entité. Beaucoup d’étudiants craignent que cette décision n’ait été prise sous la pression du gouvernement. Plusieurs incidents similaires ont été constatés ailleurs dans l’archipel, ce qui corrobore l’hypothèse d’une réaction hostile de l’administration indonésienne.  Malgré ces restrictions, le message du documentaire s’est largement diffusé sur les réseaux sociaux et 1700 séances ont déjà eu lieu à travers l’Indonésie.

Sources : Ucanews (8/5/2026) et Asianews (11/5/2026)

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