L’art, révélation de la beauté de Dieu
Et si la beauté était un chemin vers Dieu ? Depuis les origines du christianisme, l’art traduit la foi en images et en gestes. Porteur de vérité, il participe à la révélation de Dieu. Sa mission : éveiller le regard, élargir le cœur.
L’art est une médiation pour nous ouvrir à plus grand que nous-mêmes et élever le cœur et le regard. Ainsi les émotions rentrées en nous peuvent-elles offrir du sens lorsqu’elles se cristallisent dans une œuvre d’art. Elles nous permettent de voir ou de vivre le monde différemment, comme transfiguré. Le prévisible et l’impromptu se conjuguent alors pour suggérer un autre monde, pressentir une aurore qui troue la nuit sans jamais saturer l’horizon. L’auteur est vite dépassé par son œuvre, projeté dans un monde qui le happe. D’un côté s’énonce le projet, s’accomplit la maîtrise laborieuse de l’ouvrage, et de l’autre surgit l’inattendu, la surprise, l’improvisation de la création. Mais toujours le souci d’autrui – que celui-ci procède d’une commande ou d’une intention de l’artiste – préside à la création et la finalise. « Apprendre à exprimer les voix cachées des choses, voilà le chemin et le but de l’art » (Giorgio de Chirico).
L’artiste sera même souvent dépassé ou déplacé par son œuvre, dépossédé de son intuition première, afin d’aller plus loin. Sa conviction est un doute sans cesse désarmé. « La fonction de l’art n’est jamais d’illustrer une vérité connue à l’avance, mais de mettre au monde des interrogations (et parfois des réponses) qui ne se connaissent pas encore elles-mêmes », écrivait Alain Robbe-Grillet. La relation particulière de la foi chrétienne avec le monde de l’art ne relève pas d’abord du souci esthétique de décoration ou d’animation, mais d’une réflexion théologique sur la beauté même de Dieu et sur la Création divine.
Car il ne suffit pas de proclamer ingénument que la beauté a sa place dans l’Église ! Au cours de l’histoire de l’Église, certains ont érigé en idéologie le rejet des arts scéniques ou plastiques. On en est parfois venu à exclure l’art des églises, au motif que la vie entrerait immédiatement dans la prière sans avoir besoin d’intermédiaire ni de médiation. La vie n’est-elle pas toujours plus vraie que l’art ? L’art, en effet, peut dissimuler lorsqu’il se plie aux modes, aux convenances et à la superficialité. Il peut chercher à plaire, en définitive à s’arrêter à lui-même, plastronner, se complaire en soi pour flatter et séduire, en oubliant le message dont il est le porteur. Et puis, l’art n’est-il pas devenu à certaines périodes de déclin spirituel l’ultime recours pour masquer le délitement de la foi ? Dans bien des situations et au-delà du christianisme, l’apogée de l’esthétique a coïncidé avec le déclin de l’éthique. Toutefois, contrairement au dicton populaire, la vérité « ne se livre pas toute nue ». Il faut savoir habiller ce que l’on veut exposer. Et c’est bien là le sens du langage artistique qui veut exprimer une réalité, en la drapant, sans la cacher, car le voile importe à la communication comme il importe à la beauté. Telle est la fonction de l’art et sa mission parabolique. « Cherchez à comprendre le dernier mot de ce que disent dans leurs chefs-d’œuvre les grands artistes, les maîtres sérieux, il y aura Dieu là-dedans » (Vincent van Gogh).
À la fin du siècle dernier, le théologien suisse Hans Urs von Balthasar a développé une théologie esthétique : un discours sur Dieu à partir de sa beauté. En effet, les représentations du Christ par les arts plastiques ou scéniques constituent un chemin disponible aussi bien pour l’annonce kérygmatique de la foi que pour la catéchèse. Ces représentations sollicitent la subjectivité profonde, l’émotion sensible, afin d’attester d’une vérité, non pas irrationnelle mais trans-rationnelle, c’est-à-dire qui n’oublie pas la raison mais la traverse. Vérité qui s’énonce avec son langage propre, avec ses rites, sa dramaturgie, sa poétique, ses couleurs, ses formes singulières qui s’inspirent souvent d’archétypes culturels. Ce langage artistique fait appel à la dimension imaginative et intuitive de l’intelligence. Depuis les origines du christianisme, le témoignage de la foi emprunte le chemin de l’expression artistique. Le chrétien s’adresse à un Dieu qui est à la fois le Bien suprême, la beauté incréée, la Vérité sans défaut. Et l’Écriture parle de Jésus-Christ comme la Vérité (« le Chemin, la Vérité, la Vie » [Jn 14,6]) et, en même temps, « le plus beau des enfants des hommes » (Ps 44). Ainsi voit-on fleurir dans la Bible, à côté des développements doctrinaux et des rhétoriques apologétiques que l’on trouve par exemple dans les épîtres de Paul, des pages poétiques ou allégoriques (Osée ou Isaïe), symboliques (livres apocalyptiques), mais aussi le chant des psaumes. De même, le discours parabolique de Jésus a autant droit de cité dans les Évangiles que les autres formes narratives ou les autres styles littéraires.
La beauté, miroir de la vérité
Cette beauté de Dieu est d’abord le témoignage de la sagesse de Dieu. Il y a un ordonnancement dans la beauté que Dieu manifeste. Et en particulier, en relisant les premières pages de la Bible et le livre de la Genèse, nous voyons cette sagesse de Dieu appeler à l’existence et faire toutes choses suivant un certain ordre. Premier jour, deuxième jour, troisième jour… et à chaque fois retentit cette réflexion qualificative : « Dieu vit que cela était bon » (Gn 1,10). La beauté de Dieu est le fruit de sa sagesse, mais aussi la manifestation de sa vérité. Boileau, dans l’une de ses épîtres, écrivait : « Rien n’est plus beau que le vrai, le vrai seul est aimable. » Quelque chose qui relève de la vérité appelle, implique ou requiert la beauté pour signifier cette vérité, l’exprimer. « Toute ma vie, disait Matisse, je n’ai eu qu’un souci : non pas faire beau, mais faire vrai. » Et le philosophe Kant d’ajouter : « Le beau est le symbole du bien. » « Une bonne œuvre d’art est une pensée et une émotion » (Henri Charlier). Beauté et vérité s’y fixent rendez-vous. Il y a, en Dieu, une beauté non pas indépendante de ses autres qualités et ses autres attributs, mais profondément conjointe à ceux-ci.
Cette beauté de Dieu est toujours liée au dévoilement de son amour, à la révélation de son être. La perfection de son être se déploie dans la communication de sa vie intra-trinitaire vers sa création. Ce qui est beau relève de la manifestation de l’essence. L’expérience de quelque chose qui n’est pas retenu mais au contraire toujours offert. « Un des malheurs de la beauté, c’est qu’elle ne peut cacher ses sentiments » (Stendhal). Ainsi, la beauté a quelque chose à voir avec le mystère du don de Dieu. Dieu se donne à voir, à goûter à travers sa beauté. Il révèle que, dans son être, à la racine de Lui-même se trouve le mystère du don et la puissance de l’amour qui en est la source. « Aimer, c’est tout donner » (sainte Thérèse de Lisieux).
L’espérance, la lumière, l’Amour
Cependant, toute création est frappée par une limite absolue. Elle demeurera toujours imparfaite, précaire, contingente, entachée d’un manque congénital. L’artiste ne peut jamais confondre l’achèvement de son œuvre avec la perfection de la beauté. Finalement, l’art n’atteint jamais son objet. L’auteur biblique avoue lui-même son scepticisme. « De toute perfection, j’ai vu la limite », chante le psalmiste (Ps 118). « Le Très-Haut n’habite dans des demeures faites de mains d’homme », rappellent les Actes des Apôtres (7,42). « Noli me tangere » (Jn 20,17), « Ne me retiens pas », répond le Ressuscité à Marie-Madeleine qui voulait le saisir. Jésus glorifié ne peut être qu’entraperçu. Il en va ainsi de sa beauté. Fugace en son éclat, la beauté entrevue est éveil du désir, promesse, mise en route. La récompense de l’art est un art plus exigeant qui refuse de s’arrêter à la pure extase de soi. Toute quête de beauté délivre du narcissisme. Le beau est signe du Bien qui se communique. Dans la vie chrétienne, cette assomption porte le beau nom d’espérance : l’expérience du « déjà là » et du « pas encore ». Comme le soulignait Paul VI, à la fin du concile, dans son adresse aux artistes : « Le monde a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. » Chaque création est prophétie de la transformation de la matière et de l’avènement eschatologique d’un monde nouveau.
Quelle est la beauté du Christ ? Qui peut la contenir dans des formes, la transcrire dans des mots, la figer dans des représentations ? Cette beauté du Christ, que Pierre voulait fixer sur la montagne sainte au jour de la Transfiguration (« Dressons ici trois tentes » [Mt 17,4]) échappe à toute esthétique. Elle n’est connue que dans la lumière de l’Esprit qui, traversant son Corps, l’illuminant du dedans, l’engendre à l’Amour incréé. Cette lumière incandescente est la pente et l’ouverture, l’orientation de son âme vers l’indicible splendeur du Père : « En moi, une eau vive murmure et chuchote à mon cœur : "Viens vers le Père" » (Ignace d’Antioche). Tout vrai artiste n’est-il pas, parfois malgré lui-même, pris par ce courant ? « C’est l’âme que je veux voir », disait Rouault. Chez Dostoïevski, elle s’identifie au Rédempteur : « La beauté sauvera le monde. » Dans le Christ, elle consent à supporter l’infamie. Elle la traverse jusqu’à en être meurtrie. Elle prend sur soi l’offense. Elle l’assume jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’au pardon.
Pour reprendre la forte expression de Paul « en se faisant péché », le Christ s’est revêtu de laideur. La mort du Christ endeuille toute esthétique. « Devenu un ver » (Ps 22), il avait perdu toute apparence humaine (Is 52). Ce que les disciples contempleront, ébahis, au matin de Pâques, ne sera pas la beauté du Christ, mais sa gloire. En assumant ce qui défigure l’être au plus intime de soi, la résurrection ne signe pas le retour à l’intégrité première. Les blessures subies marquent à jamais le corps retrouvé. Les traces demeurent toujours visibles, mais elles sont devenues stigmates. La gloire traverse la chair, et même ce qui la blesse de part en part. Elle est la rédemption de la beauté originelle. Elle lui confère un éclat, une profondeur, une perfection qui a pour nom l’Amour. Braque ne se trompait pas en disant que « l’art est une blessure devenue lumière ».
Monseigneur Dominique Rey
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