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Ces artisans de paix qui disparaissent de Terre Sainte

Ancient stone castle silhouetted against a vibrant sunset.

« Nous ne sommes ni pro-Israël, ni pro-Palestine, mais pro-humains », assure le père Nikodemus Schnabel. Depuis Jérusalem, le religieux bénédictin allemand témoigne de la fidélité des chrétiens de Terre Sainte. « Ils ont mieux compris l’Évangile que beaucoup d’entre nous », juge-t-il. Il se souvient en particulier de la messe de requiem pour les victimes du 7 octobre, au cours de laquelle les fidèles priaient aussi pour ceux qui souffraient à Gaza, puis pour la conversion de tous les responsables des violences.

Alors que la Terre Sainte est ravagée par les haines réciproques que se vouent les populations, l’Église soutient les écoles, les hôpitaux et les communautés, bien au-delà de son poids démographique, se réjouit le prêtre. Pourtant, regrette-t-il, cette Église est en voie de disparition.

L’extraordinaire diversité locale ne doit pas faire illusion, avertit le prêtre. 13 Églises sont représentées parmi les confessions chrétiennes de Jérusalem – six Églises historiques catholiques et sept non catholiques. Mais cette apparente richesse cache un très petit troupeau de fidèles, qui ne rassemble pas plus de 1 à 2% de la population locale. « Ma crainte est que la Terre Sainte devienne une sorte de “Disneyland chrétien” », prévient le prêtre. « Les lieux saints demeureront, avec des religieux et des prêtres. Mais il pourrait ne plus y avoir de familles chrétiennes, de jeunes chrétiens, de vie chrétienne ordinaire. »

Parmi ces chrétiens, le groupe des catholiques palestiniens arabophones est le plus ancien. Mais ils subissent ce qu’ils nomment eux-mêmes « la double occupation » : la pression extérieure de la guerre et du blocus, et l’oppression interne du régime du Hamas. Ils dépendent économiquement du tourisme, or celui-ci s’est effondrée, la dernière bonne année remontant à 2019.

Les catholiques hébréophones sont très peu nombreux mais en croissance. « C’est un phénomène nouveau », souligne le prêtre, qui soulève le besoin d’approfondir ce que signifie être à la fois Israélien et catholique.

Enfin, les migrants et demandeurs d’asile constituent le groupe de chrétiens le plus important, avec près de 100 000 personnes, mais c’est aussi le plus précaire. Ils viennent des Philippines, d’Inde, d’Afrique, et travaillent principalement dans les secteurs du soin, du bâtiment et de l’agriculture. La majorité d’entre eux subissent des conditions de quasi-esclavage. Passeports confisqués, liberté très limitée de changer d’employeur, séparation des familles, avec un cadre légal qui, en pratique, pénalise la maternité chez certaines travailleuses étrangères. « Aux yeux du système, l’acte le plus “criminel” serait de dire oui à la vie », regrette le prêtre. En effet, les femmes qui choisissent de ne pas avorter risquent, de ce fait, de se retrouver en situation irrégulière avec leurs enfants. Tout est fait pour empêcher ces personnes de s’installer durablement en Israël.

Au regard de la faiblesse numérique et de la précarité des chrétiens, le prêtre craint leur disparition de Terre Sainte. Or, rappelle-t-il, « il n’y a pas d’Annonciation sans Nazareth, pas de Noël sans Bethléem, pas de Pâques sans Jérusalem. »

Source : Aide à l’Église en Détresse (24/04/2026)

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