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Le miracle de l’épée dans la pierre

En 1180, après une vision de l’archange saint Michel, le jeune Italien Galgano Guidotti se rend sur la colline de Montesiepi (Italie). Invité à renoncer à sa vie mondaine pour suivre l’Évangile, il répond que ce serait aussi aisé que de briser un rocher avec son épée. Pour le prouver, il frappe une pierre… mais la lame s’y enfonce jusqu’à la garde, restant plantée comme une croix.

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Né en 1148 à Chiusdino, un village de la province de Sienne en Italie, dans une famille issue de la noblesse régionale, Galgano Guidotti est loin d’être une grenouille de bénitier. Jeune homme mondain et débauché, rompu aux arts de la guerre et plongé dans les plaisirs et les vanités de la haute société libertine, il est réputé pour son arrogance, son égoïsme et sa violence. Pourtant, en 1175, la vie du jeune noble bascule. Sa mère, qui demandait avec ardeur à l’archange saint Michel la conversion de son fils au Christ, est enfin exaucée.

Une prière exaucée

À l’aube de la trentaine, Galgano a une vision de l’archange Michel qui changera sa vie. Ce dernier lui apparaît en songe : il lui annonce que Dieu l’appelle à quitter le monde profane et à le servir. Pour cela, il lui faut se rendre au Montesiepi, une colline proche de sa ville natale, Chiusdino. Sans attendre, le jeune homme obéit. À la surprise de ses proches, il se met en route encore vêtu de ses riches habits. Au cours du voyage, alors qu’il atteint les pentes de la colline où il doit se rendre, son cheval se cabre soudainement, le projetant violemment à terre. L’archange Michel lui apparaît à nouveau et lui demande de contempler le sommet de la colline. Galgano voit alors Jésus et Marie se tenant dans un temple, entourés des douze apôtres, rassemblés autour d’une table. La présence de Dieu lui-même semble les envelopper. Stupéfait, le jeune homme ressent une force invisible qui le pousse vers le sommet de la colline Montesiepi. Lorsqu’il atteint celui-ci, la vision s’estompe et une voix s’adresse de nouveau à lui : « Renonce à tout bien et plaisir terrestre. »

Face à cette demande radicale, Galgano est sceptique. Il rétorque que suivre un tel ordre serait pour lui aussi aisé que de fendre un rocher avec son épée. Joignant le geste à la parole, le jeune Italien tire son épée du fourreau et l’élève pour la fracasser contre une pierre. Cependant, au lieu de se briser, la lame s’enfonce dans le rocher avec la facilité d’un couteau dans du beurre, jusqu’à la garde. Elle y reste solidement plantée, ne laissant dépasser que le manche. En contemplant la poignée et la garde de l’épée, prisonnières de la pierre, qui forment une croix, Galgano comprend qu’il est appelé à abandonner sa vie de plaisirs et de violences pour choisir résolument le Christ. Tombant à genoux, il rend littéralement les armes à Dieu, puis se retire dans une grotte, au sommet de la colline de Montesiepi, avant de construire une cabane à côté de l’épée plantée dans la pierre.

De l’épée de Galgano à Excalibur

Cet épicurien qui, jusque-là, s’adonnait aux plaisirs terrestres, abandonne titres et possessions, puis se retire dans la campagne siennoise pour une vie entièrement consacrée à la contemplation de Dieu. C’est là qu’il vit en saint ermite jusqu’à sa mort, un an plus tard, le 3 décembre 1181, à l’âge de trente-trois ans. Peu de temps après sa mort, l’Église ordonne la construction d’une chapelle ronde, comme dans la vision de Galgano, autour de l’épée enfoncée dans la pierre. Cette chapelle, dédiée à la mémoire de ce fou de Dieu, devient un lieu de pèlerinage où voyageurs, pèlerins et curieux affluent en masse, afin de découvrir cette armeemprisonnée dans la roche. 

Cette belle histoire pourrait tenir davantage du récit hagiographique ou mythologique plutôt que d’un fait historique. D’ailleurs, il est frappant de remarquer les similitudes entre l’histoire de l’épée de saint Galgano et l’épée légendaire du roi Arthur, Excalibur. D’après le médiéviste italien Mario Moiraghi, il est très plausible que l’histoire de « l’épée dans le rocher » de Galgano ait inspiré la légende du roi Arthur qui vit le jour vers 1200. En effet, dans le premier texte mentionnant Excalibur, Caliburn (Historia Regum Britanniae, écrit vers 1136 par Geoffroy de Monmouth), il n’est pas question d’épée dans la pierre. Pour en voir la première mention littéraire, il faut attendre le récit de Robert de Boron, Merlin, écrit dix à trente ans après la mort de Galgano. On ne peut pas prouver que cet auteur connaissait le saint italien, mais les routes et les échanges culturels en Europe à cette époque rendent plausible une circulation orale ou écrite de cette histoire entre la France et l’Italie.

Une canonisation documentée

Pour autant, l’histoire de l’épée dans la pierre de Galgano ne peut pas être considérée comme une simple légende médiévale ! En 1185, quatre ans seulement après sa mort, Galgano est canonisé par le pape Lucius III. Il s’agit d’une des premières canonisations effectuées par l’Église catholique selon une procédure très formalisée exigeant une enquête précise sur la vie du saint présumé. Un cardinal s’était ainsi rendu à Chiusdino pour interroger la mère du défunt, des personnes qui l’avaient connu, ainsi que des gens témoignant de miracles advenus après l’avoir sollicité. Tous ces témoignages sont conservés dans les archives du Vatican. 

Grâce aux documents officiels de sa canonisation et à une série de biographies rédigées ultérieurement, de nombreux détails de la vie du saint nous sont parvenus. L’historicité de l’homme de Dieu est bien plus documentée que celle de beaucoup de personnages considérés aujourd’hui comme historiques. En effet, nombre de témoignages contemporains de Galgano évoquent la vie vertueuse qu’il mena après sa conversion. Et beaucoup témoigneront de grâces obtenues par son intercession après sa mort.

L’épée authentifiée par la science

Lors des analyses approfondies effectuées en 2001, des scientifiques italiens de l’université de Pavie ont mené une enquête sur l’authenticité de l’épée plantée dans la pierre, au sommet de la colline Montesiepi. Tout d’abord, l’utilisation d’un radar géologique a révélé que l’épée est réellement enfoncée profondément dans le roc et que la partie non visible de la lame a pénétré sans se briser dans la roche, sans pouvoir donner d’explication. L’outil a aussi permis aux chercheurs de découvrir sous la pierre abritant l’épée une cavité assez grande pour être un tombeau, abritant peut-être la dépouille de saint Galgano. « L’analyse radar à pénétration de sol a révélé que sous l’épée se trouve une cavité, de deux mètres sur un mètre, que l’on pense être un renfoncement funéraire, contenant peut-être le corps du chevalier », a déclaré le chimiste Luigi Garlaschelli. Ensuite, la datation au carbone 14 a démontré que l’épée est constituée d’un métal qui date du XIIe siècle. Le travail de ce même chercheur a aussi établi que la composition du métal et la façon dont il a été travaillé sont compatibles avec les méthodes toscanes de l’époque. Ainsi, l’épée enchâssée dans la pierre n’est pas un faux, ni une réplique moderne.

Entre histoire et légendes 

L’histoire de cette épée est entourée de plusieurs légendes. L’une d’elle veut que des loups auraient dévoré un voleur qui projetait de s’attaquer à l’ermite pour s’emparer de son épée. Les mains du truand auraient ensuite été exposées dans la chapelle érigée en l’honneur de saint Galgano, afin de servir d’avertissement aux voleurs potentiels. Or, aujourd’hui, dans la chapelle de Montesiepi, on trouve réellement exposées deux mains momifiées. D’après la datation au carbone 14, il a été déterminé que les deux mains datent également du XIIe siècle.

Après la mort de Galgano et jusqu’au XXe siècle, beaucoup tentèrent de voler l’épée médiévale, l’abîmant sans jamais parvenir à la déloger. Aussi, dans les années 1960, du plomb fondu fut versé dans la fissure, afin de décourager toute tentative de vol. De nos jours, pour des raisons de sécurité, l’arme est de plus conservée sous une châsse de Plexiglas. Ainsi, en Toscane, près de l’abbaye de San Galgano, dans la chapelle de Montesiepi, nous pouvons observer, encore aujourd’hui, cette épée unique au monde, plantée dans la roche. Tout porte à croire qu’elle a bien appartenu au saint ermite Galgano Guidotti. Qu’elle soit convaincue ou sceptique, toute personne désireuse de percer le mystère de cette épée est invitée à mener sa propre enquête. Comme le disait Jésus-Christ, il y a deux mille ans : « Venez et voyez ! » (Jn 1,39).

Thomas Belleil, auteur de livres de spiritualité, diplômé en sciences religieuses à l’École pratique des hautes études et en théologie au Collège des Bernardins.

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