A la une   Grands entretiens 

L’humilité au service de la grâce

À Ars, sur les pas du saint curé, le père Patrick Clément *, supérieur du séminaire de la Société Jean-Marie Vianney depuis 2021, nous invite à redécouvrir la vocation du prêtre : un homme pauvre choisi pour donner Dieu au monde.

Pourquoi l’Église a-t-elle trouvé opportun d’ouvrir un séminaire dans le diocèse de saint Jean-Marie Vianney et donc de l’offrir en modèle aux futurs prêtres ?

La création du séminaire de la Société Jean-Marie Vianney fait suite à la venue de saint Jean-Paul II à Ars en 1986. Le Pape avait réuni tous les prêtres et séminaristes de France pour leur dire que leur saint patron, le Curé d’Ars, « demeure, pour tous les pays, un modèle hors pair, à la fois de l’accomplissement du ministère et de la sainteté du ministère ». En 1987, un nouvel évêque est nommé pour le diocèse de Belley-Ars, Mgr Bagnard, un ancien supérieur de séminaire qui, en 1988, ouvre l’année de propédeutique à Ars puis le séminaire.

Cela vous inspire-t-il des sentiments de joie ou de fierté particuliers ?

Il y a une vraie joie de répondre à un appel de l’Église. Le séminaire a été voulu par un saint Pape et l’Église m’a appelé à cette mission bien particulière auprès d’une figure qui nous montre l’importance de l’humilité : « Je suis comme les zéros : je n’ai de valeur que mis à côté des autres ! » C’est ainsi que j’aborde ce ministère. Être supérieur d’un séminaire invite à la confiance en la Providence ; le nombre d’entrées de séminaristes ne dépend pas de nous et ce n’est que si nous nous mettons à la suite du Christ que nous pourrons porter du fruit.

Si l’on songe aux difficultés rencontrées par le jeune Vianney, d’abord à cause de son retard scolaire, pour accéder au sacerdoce, n’est-ce pas paradoxal de le donner en exemple ?

Cet été, un prêtre témoignait en disant que les saints sont parfois des modèles inatteignables qui peuvent nous mettre beaucoup de pression. Par ses difficultés, le Curé d’Ars se présente comme un homme avec des limites duquel on peut se rapprocher. Ce qui est remarquable, c’est sa vie vertueuse qui lui donne le courage de persévérer dans les épreuves et de percevoir que ce n’est que par l’aide de ceux qui nous entourent qu’on peut parvenir au but : saint Jean-Marie Vianney n’aurait jamais été prêtre si l’abbé Balley ne l’avait pas soutenu dans sa formation.

L’accepteriez-vous s’il frappait aujourd’hui à votre porte ?

Le parcours scolaire de saint Jean-Marie Vianney a été chaotique du fait de la Révolution française. Lors de son petit séminaire, il n’était pas le seul dans ce cas ; les formateurs ont dû s’adapter. Il put ainsi entrer au séminaire mais, conscient de ses difficultés scolaires, il partit faire un pèlerinage à Lalouvesc sur les pas de saint François-Régis. Ceci ne l’empêcha pas d’être renvoyé au bout de quelques mois, avec la note « Debilissimus – trop faible ». Sa formation ne s’est pas arrêtée pour autant. L’abbé Balley s’en est chargé et on lui a fait passer ses examens en français : on a su s’adapter à ce profil atypique. C’est aujourd’hui un vrai défi : savons-nous nous adapter à des profils atypiques ? La formation intégrale avec les quatre grandes dimensions spirituelle, humaine, intellectuelle et pastorale sont une bonne source de discernement pour de futurs prêtres diocésains. Deux vertus me semblent toutefois indispensables : l’humilité et la persévérance.

Le pape Léon lui voue une grande admiration. Pourquoi ?

Dès les premières semaines de son pontificat, Léon XIV a envoyé une belle lettre pour le centenaire de la canonisation de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, de saint Jean Eudes et de saint Jean-Marie Vianney. Il voit en ce dernier un « curé passionnément donné à son ministère » qui a en commun avec ces deux autres grandes figures un amour de Jésus « simple, fort et authentique ; ils ont fait l’expérience de sa bonté et de sa tendresse dans une particulière proximité quotidienne, et ils en ont témoigné dans un admirable élan missionnaire. »

Ses reliques voyagent et attirent les foules. N’est-ce pas étonnant, alors que la pratique est en chute libre ?

La mission des saints ne s’arrête pas avec leur vie terrestre. Comme sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui disait vouloir passer son Ciel à faire du bien sur la terre, le saint Curé d’Ars poursuit son œuvre dans le monde entier. On trouve des statues à son effigie aux quatre coins du monde et, lorsque ses reliques passent, il y a souvent de grandes grâces de miséricorde.

Qu’en pensent vos garçons ? Veulent-ils essayer de lui ressembler ou pas ?

Tout n’est pas imitable chez un saint, mais le Curé d’Ars exprime avec une grande clarté ce qu’est la charité pastorale. Les séminaristes d’Ars savent bien qu’il ne faut pas chercher à ne dormir que trois heures par nuit mais, à l’inverse, suivre les grandes intuitions du Curé d’Ars et la radicalité de son amour peut être source de fécondité : « Mon secret est bien simple, c’est de tout donner et de ne rien garder. »

Né en 1982 à Oyonnax, le père Patrick Clément est ordonné prêtre en 2013. Membre de la Société Jean-Marie Vianney, il étudie à l’Institut Jean-Paul II de Rome et devient vicaire à Notre-Dame de Bourg en 2017.

Retrouvez l'intégralité de cet article dans le numéro 11 du magazine 1000 Raisons de Croire.

Anne Bernet

Retour à l'accueil