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Le « non » catégorique des évêques de France à l’«assistance médicale à mourir »

© ADOBE STOCK

Étudiée par les sénateurs depuis le 20 janvier, l’« assistance médicale à mourir » incluse dans la proposition de loi sur la fin de vie, est vigoureusement contestée par les évêques de France. Au nom du « droit à mourir », elle propose en effet de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, autrement dit de permettre d’administrer une substance létale à des malades en fin de vie.

Dans une tribune intitulée : « On ne prend pas soin de la vie en donnant la mort », publiée le 15 janvier, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF) dénonce un texte qui donne le droit de tuer. Pour les évêques, « légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté changerait profondément la nature de notre pacte social ». Accompagner les membres les plus vulnérables de notre société jusqu’au terme de leur vie, c’est tout faire pour les soulager, sauf leur donner la mort ! « Nous croyons qu’une société grandit, non pas lorsqu’elle propose la mort comme solution, mais bien lorsqu’elle se mobilise pour accompagner la fragilité et protéger la vie, jusqu’au bout. Le chemin est exigeant, certes, mais c’est le seul qui soit véritablement humain, digne et fraternel » conclut cette tribune du Conseil permanent.

Dix ans après l’adoption de la loi Claeys-Léonetti sur le développement des soins palliatifs et le non acharnement thérapeutique, les évêques contestent la nécessité d’une nouvelle législation. L’actuelle avait été votée à la quasi-unanimité par le Parlement en 2016. « Pourquoi abîmer cet équilibre ? » demande Mgr Pierre Antoine Bozo, membre du groupe Église et Bioéthique de la conférence épiscopale de France, dans un entretien à Vatican News. Pour le Conseil permanent de la CEF, « les soins palliatifs sont l’unique bonne réponse aux situations éprouvantes de la fin de vie » non seulement en accompagnant psychologiquement et spirituellement les malades mais en leur administrant des analgésiques. Il faut donc « permettre à tous d’accéder aux soins palliatifs » ce qui est loin d’être le cas en France , poursuivent les évêques : « Si l’“on meurt mal en France” , comme on l’entend parfois, ce n’est pas parce que l’administration d’une substance létale aux patients n’est pas encore autorisée, mais parce que la loi existante est insuffisamment appliquée et que l’accès aux soins palliatifs demeure très inégal sur le territoire national. Aujourd’hui encore, près d’un quart des besoins en soins palliatifs ne sont pas couverts. Comment proposer la mort comme une option, quand l’accès effectif au soin, au soulagement de la douleur (les progrès médicaux permettent de venir à bout de quasiment toutes les douleurs réfractaires), à la présence humaine et à l’accompagnement n’est pas garanti pour tous ? »

Le refus de l’euthanasie par l’Église catholique n’est pas négociable, souligne Mgr Bozo : « C'est une vision anthropologique dans laquelle nous refusons d'entrer. Cette valeur de la vie humaine serait à l'aune de ce que chacun en pense. Chacun déciderait si sa vie ou celle des autres a de la valeur et vaut d'être vécue. »

Dans son état actuel,  la proposition de loi fait peser une menace redoutable sur les établissements tenus par des congrégations religieuses, hôpitaux,  cliniques et maisons de retraite catholiques. Car si le texte législatif amendé par le Sénat préserve l’objection de conscience du personnel soignant, celle-ci ne s’étend pas à l’établissement lui-même et à sa direction. Plusieurs religieuses à la tête de ces établissements ou de leurs congrégations de tutelle ont déjà indiqué qu’il était hors de question d’accepter qu’un acte létal soit accompli par un intervenant extérieur au sein de leur maison. Or, selon la proposition de loi, elles risqueraient d’être condamnées à deux ans de prison et 300 000 euros d’amende pour « délit d’entrave » à l’euthanasie… Faudra-t-il que ces institutions, si nécessaires à notre système de soins déjà durement éprouvé par la pénurie, quittent la France pour rester fidèles à leur vocation ?

Un signe positif est toutefois survenu au Sénat le 21 janvier : par 144 voix contre 123, les sénateurs ont rejeté l’article 4 du projet de loi, qui entérinait le principe d’une euthanasie et d’un suicide assisté. Ce coup de théâtre va mobiliser encore davantage tous les opposants à « l’aide à mourir » en attendant le vote éventuel de l’Assemblée nationale, initialement prévu le 16 février.

(Sources : Église catholique en France, 15/01/2026 ; Aleteia, 19/01/2026 ; Vatican News, 20/01/2026 ; Le Figaro, 20/01/2026 et 21/01/2026)

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