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Nullité de mariage : le jugement doit unir vérité et charité, rappelle Léon XIV

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Le sujet préoccupe Léon XIV comme tous ses prédécesseurs, de Pie XII au pape François : trouver le juste équilibre entre une indulgence laxiste et un juridisme sans miséricorde dans les procès en nullité de mariage. Alors que les demandes s’accumulent, le danger vient surtout d’une tendance à déclarer « nuls » des mariages, « sans un solide fondement objectif », au nom d’« une compassion mal comprise ».

Le Pape s’est exprimé sur ce sujet le 26 janvier dans un grand discours inaugurant l’année judiciaire du Tribunal de Rote romaine qui statue sur les cas de nullité matrimoniale. Pour marquer la ligne de crête sur laquelle les juges ecclésiastiques doivent avancer, le Saint-Père a repris la  formule de saint Paul : « Veritatem facientes in caritate » (« faire la vérité dans la charité » cf. Eph. 4,15). Cela signifie, en l’occurrence, que les juges doivent garder à la fois la rigueur juridique et la vigueur de l’amour pastoral. Citant également l'apôtre Jean et Benoît XVI, Léon XIV a rappelé que la charité et la vérité ne peuvent être dissociées : « La vérité doit être recherchée, trouvée et exprimée dans l’“économie” de la charité, mais la charité, à son tour, doit être comprise, valorisée et pratiquée à la lumière de la vérité. »

L’une et l’autre sont liées, a déclaré le Pape, en soulignant « le lien étroit qui existe entre la vérité de la justice et la vertu de la charité ». En effet, a-t-il expliqué, « il ne s’agit pas de deux principes opposés, ni de valeurs à équilibrer selon des critères purement pragmatiques, mais de deux dimensions intrinsèquement liées », et qui trouvent leur harmonie ultime en Dieu « qui est Amour et Vérité ».

L’obligation de tenir cet équilibre difficile, entre une compassion conduisant à « une relativisation dangereuse de la vérité » et une rigueur ignorant « tout ce qu’exige l’amour des personnes », s’impose à l’ensemble des procédures canoniques. Mais elle concerne tout particulièrement les causes de nullité matrimoniale où la justice pourrait souffrir de « délibérations à caractère pastoral dépourvues d’un fondement objectif solide ».

L’enjeu est considérable : « Votre service à la vérité de la justice est une contribution d’amour au salut des âmes », a souligné le Souverain pontife à l’intention de tous les acteurs des procès :  juges, avocats, promoteurs de justice, défenseurs du lien. D’où l’exigence de responsabilité morale qui s’impose à tous, appelés non seulement à une haute compétence juridique, mais à une « honnêteté intellectuelle rigoureuse ». Autre exigence : ne pas laisser traîner les affaires : les fidèles ont droit à « un exercice juste et rapide des fonctions procédurales », car « les consciences et les vies » sont touchées par les procès canoniques.

C’est finalement la paix qui est en jeu, a poursuivi le Pape :  « La justice marche avec la paix et entretient avec elle une relation constante et dynamique. La justice et la paix visent le bien de chacun et de tous, c'est pourquoi elles exigent l'ordre et la vérité. Quand l'une est menacée, les deux vacillent; quand on offense la justice, on met aussi en péril la paix. » Les juges sont donc appelés à être de véritables « artisans de paix ». Pour cela, ils doivent « continuer à étudier et à appliquer le droit matrimonial canonique avec sérieux scientifique et fidélité au Magistère ». En effet, « cette science est indispensable pour résoudre les litiges en suivant les critères établis par la loi et la jurisprudence de la Rote romaine, qui, dans la plupart des cas, ne font que déclarer les exigences du droit naturel », a précisé le Saint-Père.

Dans sa conclusion, Léon XIV a exhorté les juges ecclésiastiques à  « protéger la vérité avec rigueur mais sans rigidité, et à exercer la charité sans omission », dans l’équilibre de la « véritable sagesse juridique chrétienne ». Il a confié leur délicate mission à l’intercession de Notre-Dame, « modèle parfait de vérité dans la charité ».

(Sources : Vatican News, 26/01/2026 ; La Croix, 27/01/2026)

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