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Les 5 raisons de croire de Hubert de Torcy

Fondateur de SAJE, distributeur de films chrétiens, Hubert de Torcy a fait des médias son terrain d’évangélisation. Il décrypte les défis contemporains pour annoncer la Bonne Nouvelle et témoigne de la force du cinéma pour transmettre la foi.

Hubert de Torcy / crédit : YANNICK BILLIOUX

L’effusion de l’Esprit
J’ai grandi dans une famille chrétienne, mais non pratiquante. J’ai dessiné mon chemin vers la foi, tout seul, vers l’âge de 17 ans. Je prenais ma bicyclette pour aller à la messe. Je trouvais que les homélies répondaient à mes questions existentielles. Puis, pendant mes études, j’ai effectué plusieurs pèlerinages dont un avec la communauté de l’Emmanuel. Mais c’est à l’âge de 23 ans que ma vie a vraiment changé. J’ai fait une rencontre avec Dieu qui m’a permis de prendre conscience qu’il aime chacun d’entre nous. C’était le dimanche de Pâques 1994, à l’occasion d’une retraite à Paray-le-Monial. Lors du temps d’adoration du Saint Sacrement, j’ai fait une expérience forte de l’amour de Dieu qui a pénétré mon cœur et brûlé mes lèvres. C’était comme une effusion de l’Esprit, un appel fort à la mission et à l’évangélisation. Après cette expérience, je voulais absolument faire du cinéma pour annoncer l’Évangile. À cette époque, il me restait huit mois de service militaire, mais je commençais déjà à annoncer Jésus aux soldats. Tous les jours, Dieu me donnait l’occasion de parler de lui. 

Le septième art : un outil pour évangéliser
Pour moi, la meilleure manière de divulguer massivement l’amour de Dieu, ce sont les médias. Le cinéma est vraiment ma passion depuis mes 8 ans. C’est le format le plus impactant pour changer la société et transmettre la Bonne Nouvelle. Par exemple, le film la Passion du Christ a été l’un des plus percutants. On dit que 75 % des Américains l’ont vu en 2005, un an après sa sortie. Ce que je peux dire sur ce phénomène, c’est que la Bonne Nouvelle s’est propagée d’abord à l’oral, ensuite à l’écrit, et aujourd’hui grâce aux images. Il est donc naturel pour moi de suivre ce chemin. Je suis devenu le directeur de la société française de distribution de films chrétiens, SAJE, en 2014.

La puissance du kérygme
Beaucoup de films m’ont particulièrement touché, notamment la Passion du Christ que j’ai découvert un Vendredi saint, à 15 heures, à Paris. C’est le plus beau chemin de croix que j’ai fait. J’avais les yeux remplis de larmes en prenant pleinement conscience du sacrifice du Christ qui me valait mon salut. En réalité, le challenge du cinéma est d’arriver à dire l’indicible ou à montrer l’invisible. Et c’est toute la difficulté quand on parle de Dieu ! Il y a certains films ou séries qui permettent aux spectateurs de rencontrer Dieu. Je connais pas mal de gens qui se sont convertis en découvrant la série The Chosen, notamment grâce au kérygme : l’essentiel de la foi en Jésus annoncée et transmise aux non croyants par les premiers chrétiens. Deux mille ans après, la prédication des apôtres peut encore être entendue, lue et mise en image. Elle est toujours aussi puissante. 

Une soif spirituelle
De manière générale, nous sommes dans une période où le cinéma est en crise : il a du mal à trouver son public. Alors, quand on réussit à faire venir les spectateurs, on s’en réjouit. C’était le cas pour le film Sacré Cœur. Je pense que la question de la foi et de la spiritualité est sous-représentée sur le plan médiatique et sur le plan culturel, par rapport à la place qu’elle occupe dans la vie des gens. En France, il y a de plus en plus de gens qui ont la foi ! Cette soif de Dieu, on sait d’où elle vient. On sait que l’homme a été fait par Dieu et pour Dieu. Il n’y a qu’en Dieu que l’homme trouvera son repos.

La laïcité juste
Cela fait environ onze ans que SAJE œuvre pour faire exister les films chrétiens dans l’espace public. Nous avons rencontré des obstacles, notamment lors de la distribution du film Sacré Cœur. La consécration est intervenue avec la décision du tribunal de Marseille, rendue en 2025, suite à l’interdiction prononcée par le maire de diffuser ce film. Le tribunal a alors rappelé que « la laïcité n’est pas l’interdiction des films chrétiens dans l’espace public, mais la neutralité ». Or, la neutralité ne signifie ni l’interdiction ni la censure. Ce qui poserait problème, en revanche, ce serait de privilégier ou de promouvoir de manière appuyée, non égalitaire ou injuste une œuvre par rapport à d’autres : cela constituerait une véritable entorse à la laïcité. Mais le simple fait de montrer un film chrétien n’est en rien une entrave à la laïcité. À l’inverse, refuser la diffusion au nom de la laïcité constitue une atteinte à la liberté d’expression, de création et de programmation. 

Quels sont vos projets ?

SAJE poursuit son développement avec un film d’animation sur le roi David, un documentaire, Liberanos (Délivre-nous du mal), qui abordera le combat spirituel à travers le regard des exorcistes, ainsi qu’un biopic consacré à sainte Thérèse de Lisieux, pour 2027.

Propos recueillis par Octavie Pareeag

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