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Attaque de drone sur une église en Papouasie

Candle in gothic church. Peaceful atmosphere. Interior detail

Le dimanche 17 mai, alors que les paroissiens discutaient à la sortie de la messe, une grenade a été larguée par un drone au milieu d’eux. L’engin a explosé, blessant quatre personnes dont deux sont dans un état critique. Ces évènements se sont déroulés devant l’église catholique Saint-Paul dans l’Intan Jaya, province centrale de la Papouasie indonésienne. Ils s’inscrivent dans un contexte de violence exacerbée à l’encontre des populations autochtones.

L’attentat n’a pas été revendiqué et les autorités indonésiennes dénoncent une provocation, causée par les indépendantistes papous. Mais la population locale tourne plutôt ses soupçons vers les forces de sécurités indonésiennes ou vers l’un des groupes paramilitaires qui sévissent dans la région avec la complicité des autorités. Le prêtre de la paroisse, le père Yanuarius Yance Yogi, révèle en particulier que des drones survolent régulièrement sa paroisse, ajoutant à la tension qui marquent sa région.

En effet, sous l’impulsion de la politique de plantations intensives et de projets miniers décidée par le président de l’Indonésie Prabowo Subianto, la crise sociale et écologique qui frappe la Papouasie indonésienne s’est aggravée. Dans cette région de l’Ouest de la Nouvelle-Guinée, l’administration indonésienne accapare des territoires papous et importe massivement des populations venues du reste de l’archipel, au point que les autochtones deviennent minoritaires. À Intan Jaya, région où a eu lieu l’attaque de drones, un projet d’exploitation aurifère à grande échelle appelé Wabu Block a déjà été dénoncé par Amnesty International dès 2022. Les autorités indonésiennes sont accusées de forcer les populations locales à déménager.

Ces actions engendrent de fortes tensions entre les populations locales dépossédées et des forces de sécurités qui sont rarement condamnées pour leurs exactions. Le père Alexandro Rangga, directeur de la Commission Justice et Paix locale, dénonce des violences généralisées : « Les fusillades, les opérations de sécurité qui touchent les civils, la mort d’enfants, de femmes, d’étudiants et d’autochtones, les récentes explosions de bombes près de lieux de culte, ont non seulement entraînées un afflux de réfugiés, mais ont également causées de profondes blessures et une grande douleur ». Depuis le début de l’année 2026, 107 000 personnes ont dû fuir leur domicile, selon Human Rights Monitor. Les populations locales en fuite accusent l’armée de tuer des civils, d’incendier des villages, d’attaquer des églises et des écoles. De leur côté, les militaires affirment ne combattre que des séparatistes armés.

Pour arrêter les bulldozers indonésiens, des villageois du sud de la Papouasie dressent des croix rouges en travers des pistes. Plus de 1800 croix rouges ont été plantées de la sorte, avec ce message : « Cette terre a un propriétaire ; tu n'iras pas plus loin. » « La croix rouge se tient droite sur la terre de Papouasie comme témoin, prière, et signe que la vérité se dresse du côté du peuple papou sur sa propre terre », commente Laurens Ikinia, auteur et chargé de cours en relations internationales à l'Université chrétienne d'Indonésie (UKI) à Jakarta.

Lui-même papou, il salue la lettre « S’élever ensemble dans l’espoir », qui a été publiée par la Conférence des évêques indonésienne ce mois de mai 2026. Alors que le clergé Indonésien est connu pour sa retenue et son patriotisme, les évêques n’ont pas craint de dénoncer les dérives autoritaires de leur pays. Ils critiquent en particulier « la corruption, les abus de pouvoir et la prédominance de certains intérêts économiques [qui] continuent de nuire au sens de la justice du public ». Ils dénoncent également une restriction de la parole publique, toute critique étant interprétée comme une manifestation d’hostilité. « Cette tendance inquiétante pourrait annoncer le déclin de la démocratie en Indonésie », craignent-ils.

Sources : Aide à l’Église en Détresse (25/05/2026), Odiyaiwuu (22/05/2026), Fides (21/05/2026), Blog mediapart/Dipa (31/5/2026), Suara Papua (31/O5/2026)

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