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Léon XIV consacre sa première encyclique aux enjeux de l’IA

« Magnifica humanitas », la première  encyclique  du pape Léon XIV, sera présentée en sa présence, lundi prochain, 25 mai, dans la salle du synode du Vatican. Cette encyclique est consacrée à « l’attention à la personne humaine au temps de l’intelligence artificielle » (IA), précise le Vatican. Le Saint-Père l’a signée le 15 mai, jour du 135e anniversaire de la promulgation de l'encyclique « Rerum Novarum » du pape Léon XIII. L’IA crée aujourd’hui dans le monde entier des bouleversements d’une ampleur analogue à ceux de la révolution industrielle à la fin du XIXème siècle, à laquelle était consacrée « Rerum Novarum ».

Depuis  son  élection, Léon  XIV s’est exprimé à de nombreuses reprises sur les enjeux de l’IA. Non pour dénigrer cette invention majeure, mais pour mettre en garde contre son utilisation dans des usages contraires à la dignité humaine. « Comment pouvons-nous garantir que le développement de l'intelligence artificielle serve véritablement le bien commun, et non seulement à concentrer la richesse et le pouvoir entre les mains d'une minorité ? » avait-il déclaré, en décembre dernier, lors d’une audience accordée aux participants à la conférence « Intelligence artificielle et soin de la Maison commune ». Dans son discours, le Pape avait souligné l’importance de faire grandir la confiance dans le discernement humain pour orienter et maîtriser l’évolution des technologies, en privilégiant la recherche de la vérité et la vie spirituelle et fraternelle.

L’IA nous ramène à une question essentielle, ontologique : « Que signifie être humain à notre époque ? ». Le Pape y a répondu en rappelant la mission de l’homme d’être «un collaborateur dans l'œuvre de la Création, et non un simple consommateur passif de contenus produits par une technologie artificielle». « Notre dignité, a-t-il développé, réside en effet dans notre capacité à réfléchir, à choisir librement, à aimer gratuitement, à entrer en relation authentique avec l'autre ». Or, un usage désordonné de l’IA peut entraver « l'ouverture de l'humanité à la vérité et à la beauté » et affecter « notre capacité à nous émerveiller et à contempler  ». Un danger auquel sont principalement exposés les jeunes « avec les conséquences possibles de la technologie sur leur développement intellectuel et neurologique ».

Il s’agit pour Léon XIV d’apprendre à maîtriser ce puissant outil qu’est l’IA, en étant conscient que « la possibilité d'accéder à de grandes quantités de données et de connaissances ne doit pas être confondue avec la capacité d'en tirer un sens et une valeur ». Il reste vital pour les nouvelles générations, comme pour celles qui les ont précédées, « de se confronter au mystère et aux questions ultimes de notre existence, réalités souvent marginalisées et même ridiculisées par les modèles culturels et de développement dominants ». Conclusion du Pape dans ce discours :  « Il sera donc essentiel de permettre aux jeunes d'apprendre à utiliser ces outils avec leur intelligence personnelle, ouverts à la recherche de la vérité, à une vie spirituelle et fraternelle, en élargissant leurs rêves et l'horizon de leurs décisions mûres.»

Dans son message pour la 60e journée mondiale des communications sociales, paru le 24 janvier dernier, fête de saint François de Sales, patron des journalistes, Léon XIV avait de nouveau évoqué l’énorme défi anthropologique soulevé par les systèmes d’intelligence artificielle. Dans ce message, le Pape met en garde sur les risques que l’IA non maîtrisée fait courir à la civilisation, en particulier au « plus profond de la communication », à la relation entre les êtres humains. « Nous ne sommes pas une espèce faite d'algorithmes biochimiques prédéfinis » souligne le Pape. D’ores et déjà, « des IA entraînées construisent autour de nous un monde de miroirs, où tout est fait à notre image et à notre ressemblance », alerte le Saint-Père.

Pour faire face à ce nouveau défi, le Pape plaide pour une alphabétisation numérique d’ampleur. Il ne s’agit pas de s’arc-bouter contre l’innovation numérique, mais de prendre conscience de son ambivalence pour la guider selon trois piliers: la responsabilité, la coopération et l'éducation.

(Sources : Vatican News, 18/05/2026 ; 05/12/2025 ; 24/01/2026)

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