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Une expansion unique et jamais vue

L’histoire universelle recense des dizaines de grandes expansions militaires, culturelles et commerciales. Toutes obéissent à une force de contrainte associée à un projet d’intégration attractif. Toutes, sauf une.

crédit : Magnific

La force ne suffit pas

Historiquement, les conquérants qui ont réussi à construire des empires ne se sont pas contentés de vaincre leurs ennemis. Ils ont aussi proposé des avantages aux populations conquises. Alexandre le Grand respectait les traditions locales. Rome accordait progressivement des droits et la citoyenneté aux vaincus. Napoléon diffusait le Code civil et apportait de nouvelles règles juridiques. À l’inverse, des figures ou des régimes fondés essentiellement sur la domination, comme Attila ou le nazisme, n’ont laissé aucune construction durable. La brutalité pure, sans projet d’intégration, ne produit rien de durable.

Le cas de l’islam

En un peu plus d’un siècle après 622, l’islam connaît une expansion fulgurante. Il s’étend du Moyen-Orient jusqu’à l’Espagne. Cette progression ne repose ni sur les miracles, ni sur les prophéties, ni sur la diffusion du Coran. Elle s’explique par l’efficacité militaire, l’habileté politique, les alliances avec les élites locales et une fiscalité avantageuse. Comme les autres grandes expansions de l’histoire, l’islam a associé la force à l’intégration. Remarquable, certes. Unique, non.

L’exception chrétienne

Le christianisme contredit point par point les mécanismes habituels des grandes expansions. Il ne dispose ni d’armée, ni d’État, ni de territoire. Il n’offre aucun avantage politique, commercial ou fiscal. Son fondateur a été exécuté comme un criminel. Sa doctrine ne promet pas la domination, mais la persécution : « Vous serez détestés de toutes les nations à cause de mon nom » (Mt 24, 9). Pourtant, en trois siècles, ce mouvement franchit les frontières ethniques, linguistiques et sociales de l’Empire jusqu’à en atteindre le cœur. L’expansion s’opère dans un climat hostile, marqué par des vagues de persécutions et par le martyre de nombreux croyants. Le témoignage des disciples, les miracles et l’accomplissement des prophéties ont nourri cette diffusion. Dès le IIe siècle, Tertullien résumait ce phénomène : « le sang des martyrs est semence de chrétiens. »

Ce que l’Histoire ne peut expliquer

Les raisons de l’expansion du christianisme sont en partie connues. Les routes romaines facilitaient les déplacements. Les réseaux de la diaspora juive servaient de relais. Le message universel parlait aussi bien aux esclaves qu’aux notables. Mais ces explications ont leurs limites. Le christianisme ne promettait ni richesse, ni pouvoir, ni protection. Au contraire, devenir chrétien pouvait coûter la vie. Pourtant, le mouvement continuait de croître. Plus étonnant encore, les persécutions semblaient renforcer son expansion.

Ce que l’Histoire laisse en suspens

L’expansion du christianisme est un fait historique. Ses circonstances sont attestées, ses étapes documentées et ses acteurs identifiés. Reste cependant une question singulière : comment un mouvement sans armée, sans État, sans richesse a-t-il pu traverser des siècles et marquer une grande partie du monde ? Quelle que soit la réponse, ce phénomène demeure unique et sans équivalent dans l’Histoire.

Olivier Bonnassies

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