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Ukraine « Nous assistons à de nombreuses conversions »

Mgr Sviatoslav Shevchuk, primat de l’Église gréco-catholique ukrainienne, n’a pas l’habitude d’enrober la terrible réalité du conflit qui ravage son pays. Épuisé par les enterrements quotidiens, souffrant avec son peuple d’une guerre qui a déjà dépassé en durée la Première guerre mondiale, il assure pourtant que ces circonstances tragiques s’accompagnent d’un renouveau spirituel.

« C’est la période de conversion la plus intense de l’histoire récente de notre nation », a-t-il déclaré lors du Synode permanent des évêques gréco-catholiques, tenu à Madrid du 25 au 28 mai. Durant cette rencontre, les évêques ont regretté que la guerre en Ukraine paraisse avoir été largement oubliée en Occident. « Ce sont des fleuves de sang qui coulent chaque jour en Ukraine » a rappelé Mgr Shevchuk.

Durant les 6 premiers mois de l’année 2026, les deux camps ont continué à se porter des coups très durs. L’armée ukrainienne a profité de la coupure qui a privé les forces russes du réseau de communication Starlink, semant le chaos dans leurs rangs. Elle a aussi frappé en profondeur le territoire ennemi, dirigeants des drones-suicides jusque dans la banlieue de Moscou. Mais l’armée russe s’est adaptée à cette situation, revenant à des modes de communications anciens comme les radios ou les estafettes à moto. Elle continue à maintenir le front sous pression constante. Les drones russes frappent eux aussi le territoire ukrainien en profondeur, et les pertes civiles s’accumulent de part et d’autre. Depuis le début de l’année 2026, plus d’un millier de civils auraient été tués, selon l’estimation basse de l’Onu.

Confronté à cette guerre apparemment sans issue, le clergé ukrainien endosse la douleur des populations « C’est la mission que nous partageons tous, chaque prêtre dans chaque paroisse : nous portons la douleur », témoigne Mgr Shevchuk. Les personnes qui souffrent n’attendent pas de miracle, assure le prélat, mais un accompagnement qu’il qualifie de « sacrement » de la présence de l’Église à travers le prêtre. Lorsque l’État ordonne l’évacuation des civils pour des raisons de sécurité, le prêtre est toujours le dernier à partir.

De la même façon, le prêtre est celui auquel on confie les questions existentielles soulevées par la guerre. Mgr Shechuk détaille les interrogations qu’il reçoit souvent : « Pourquoi ? Ma souffrance a-t-elle un sens ? Y a-t-il de l’espérance ? Où est Dieu au cœur de la guerre ? » Le prélat assure qu’il n’existe pas de réponse à ces questions en dehors de la foi chrétienne. Aussi voit-il dans les circonstances tragiques que traversent son pays un temps privilégié. « Ce temps de douleur est aussi un kairos, un temps de grâce au sein duquel nous assistons à de nombreuses conversions », assure-t-il.

Selon les chiffres présentés par l’archevêque majeur, la guerre a profondément modifié le paysage religieux du pays. La proportion de fidèles appartenant aux Églises orthodoxes est passée d’environ 70 % à près de 52 %. À l’inverse, l’Église gréco-catholique, bien que minoritaire, a connu une croissance significative, passant d’environ 8 % à 12 % de la population.

La foi du clergé est elle aussi passée au creuset, si l’on en croit une enquête amenée par l’archevêque lors du Synode. Plus de la moitié des prêtres vit sous le seuil de pauvreté. 38 % d’entre eux déclarent ne pas pouvoir acheter de vêtements et 3 % assurent rencontrer des difficultés à se procurer de la nourriture. Pourtant, 92% affirment être heureux de servir leur peuple. « Cela m’a profondément ému », a confié l’archevêque majeur.

Il conclut : « La guerre prendra fin, car le mal n’est pas éternel. Le Seigneur est éternel, et l’amour est éternel ».

(Sources : Conflits, 19/06/2026 ;  Aide à l’Église en Détresse, 18/06/2026)

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