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L’Église, dernier rempart d’Haïti

Données cartographiques © 2026 Google, INEGI

« Nous sommes le dernier rempart : moral, éthique, spirituel et prophétique… C’est pourquoi ils veulent nous éliminer », explique Mgr Joseph Gontrand Décoste, évêque de Jérémie, sur la côte ouest de Haïti. Dans cette île des Caraïbes, les institutions sont durablement et profondément décrédibilisées auprès des populations qui subissent l’arbitraire des gangs. Les élections législatives et présidentielles prévues en Haïti le 30 août, les premières depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, ont été reportées au mois de décembre prochain. Mais même les plus optimistes des Haïtiens doutent que de telles élections puissent se tenir, même à cette date retardée, au regard de la situation sécuritaire de leur pays.

« Le rétablissement de la sécurité est un préalable indispensable à l’organisation du premier tour », avertissait, non sans raison, Jacques Desrosiers le président du Conseil électoral provisoire à la fin de l’année 2025. Or cette condition paraît s’éloigner continuellement. Les affrontements entre gangs criminels dévastent la Plaine du Cul-de-Sac et la Cité Soleil, en périphérie de Port-aux-Princes, la capitale, depuis le début du mois de mars. Ils ont provoqué la mort de plus de 600 personnes et la fuite de milliers. Les gangs armés contrôlent désormais entre 70 % et 90 % de la capitale, ainsi que les départements stratégiques de l’Artibonite et du Centre, tout en étendant continuellement leur influence. En prélevant des péages illégaux sur les principaux axes routiers, ils sont devenus les véritables maîtres du pays, semant la terreur sur l’ensemble du territoire.

L’Église paie aussi un lourd tribut. Le 31 mars 2025, dans la ville de Mirebalais, au centre d’Haïti, les sœurs Evanette et Jeanne, des Petites Sœurs de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, ont été tuées par des gangs armés alors qu’elles étaient en mission. Au cours des sept premiers mois de 2026, un séminariste a également été assassiné et deux prêtres enlevés.

Les gangs armés font partie du paysage haïtien depuis des décennies, mais ils ont particulièrement renforcé leur emprise dans les années 1990. À cette époque, le président Aristide, craignant un coup d’État, a dissout l’armée et créé une milice parallèle chargée d’intimider la population. Ces groupes armés appelés Chimères, comparables aux tristement célèbres Tontons Macoutes de l’ère Duvalier, ont progressivement échappé à tout contrôle. En 2018, le gouvernement leur a lâché la bride pour réprimer une importante révolte populaire. Depuis, par les assassinats, les enlèvements et toutes sortes d’activités criminelles, ils ont étendu leur influence en toute impunité, profitant de la crise politique et économique pour consolider leur pouvoir.

L’Église a mis en place des programmes d’enseignement en ligne, accueille des milliers de déplacés dans les diocèses du Sud et de l’Ouest, diffuse des messes et des émissions religieuses par le biais des radios diocésaines, et maintient, lorsque cela est possible, les pèlerinages et les processions. Les fidèles bravent souvent l’insécurité pour participer aux grandes célébrations, comme le chemin de croix ou les principales fêtes mariales.

Près de 200 séminaristes diocésains poursuivent leurs études tant bien que mal, affrontant chaque jour le danger, puisque le Grand Séminaire inter-diocésain Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours se trouve à Port-au-Prince. Il leur arrive même de devoir se jeter au sol et se réfugier sous leur lit pour éviter d’être atteints par une balle perdue. Les déplacements entre le séminaire et les paroisses sont par ailleurs extrêmement dangereux et parfois tout simplement impossibles.

Sources : Aide à l’Église en Détresse (06/08/2026) et Haïti 24 (04/08/2026)

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