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Antoine Chevrier s'est fait pauvre pour suivre le Christ

Cette année marque le bicentenaire de la naissance du bienheureux Antoine Chevrier. Fondateur de l’institut séculier du Prado à Lyon il a consacré sa vie aux plus pauvres en plaçant l’Évangile au coeur de sa mission.

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Antoine Chevrier naît le 16 avril 1826, le jour de Pâques, au coeur de la ville de Lyon, dans une famille de la petite bourgeoisie. Lyon est alors la capitale mondiale de la soie , et les industries de la région sont en pleine expansion : des milliers de familles d’ouvriers s’installent dans les banlieues, créant un terreau propice à la misère et à l’émergence d’un saint. Les cris silencieux de ces hommes et de ces femmes, portés vers Dieu, touchent sa compassion pour qu’il leur envoie un homme selon son coeur : Antoine Chevrier.

Ses parents, Claude et Marguerite, catholiques mais peu pratiquants, élèvent leur fils unique avec une certaine sévérité et un rigorisme moral. Cette éducation le marquera durablement. Sa piété, il la trouve chez les Frères de la Doctrine Chrétienne, auprès desquels il fait ses premières études. À quatorze ans, l’un des pères lui propose de devenir prêtre. Il accepte avec gravité, au désespoir de sa mère. Il écrira plus tard : « Il faut savoir résister à son père et à sa mère pour suivre Jésus- Christ. » En 1840, il entre à l’école cléricale de sa paroisse, puis en 1846 au grand séminaire Saint-Irénée, dans le nord de Lyon.

LE CHRIST AU CENTRE DE TOUT

À cette époque, Antoine ressent un appel pressant à la mission, ce qui le conduit à s’intéresser aux Missions étrangères de Paris. Mais, suite à un concours de circonstances, il y renonce et comprend que sa vocation peut se vivre près de chez lui : « On n’a pas besoin d’aller bien loin pour trouver des pauvres et des ignorants ; ils sont à notre porte, ils nous entourent de toutes parts. »

Le 25 mai 1850, il est ordonné prêtre. « Le prêtre est un autre Jésus-Christ. Il doit le reproduire en tout, dans sa vie extérieure et intérieure. Le prêtre est un homme crucifié. Il doit mourir à tout : à sa volonté, à son jugement, à ses sens, au monde, à sa famille même, pour ne vivre que pour Dieu et pour les âmes », rapporte-t-il dans sa lettre à l’abbé Gourdon en janvier 1866. Sa vision singulière de la spiritualité sacerdotale le conduit plus tard à fonder le Prado. « Voyez ce qu’est l’hostie : c’est un morceau de pain ; elle n’a plus de vie propre, elle n’a plus de goût, elle est là, on la porte, on la donne, on la mange... Ainsi doit être le prêtre. Il n’a plus de volonté propre, il est à la disposition de tous, des pauvres surtout. »

AUX CÔTÉS DES PAUVRES

Le jour de son ordination, Antoine est nommé vicaire à la paroisse Saint-André de la Guillotière, vaste banlieue industrielle de Lyon, séparée par le Rhône d’un vieux quartier aristocratique. D’un côté, la misère ouvrière ; de l’autre, l’aisance des riches. Le contraste est terrible. Ce territoire, qui comptait environ 7 000 habitants au début du XIXe siècle, en rassemble près de 40 000 au moment de sa nomination, puis plus de 250 000 à la fin du siècle. Cette croissance fulgurante de la population ouvrière entraîne une misère immense qui bouleverse Antoine jusqu’aux entrailles.

Néanmoins, la paroisse est fréquentée par la classe moyenne. Les prêtres y sont bien logés et bien nourris, les gens le remarquent et Antoine en a honte. Il voudrait s’intégrer au monde ouvrier. Mais comment les rejoindre, alors que son mode de vie est complètement à l’opposé ?

Le jour de Noël 1856, Dieu vient frapper à sa porte. Devant la crèche, Antoine s’exclame : « Regardez le petit Jésus : il n’a rien, il est sur la paille, il souffre de froid. C’est là notre modèle. Le prêtre est un homme dépouillé, un homme qui ne possède rien, afin de pouvoir tout donner. » Si Jésus s’est fait pauvre, c’est pour rejoindre les pauvres parmi les pauvres. Et cette pauvreté doit servir d’exemple. Finalement, il prend une décision : « J’ai dit à mon curé : "Je ne peux pas rester ici, il faut que j’aille au milieu de ces gens qui souffrent." En voyant ce Dieu si petit et si pauvre, j’ai compris que ma place n’était plus dans un beau presbytère, mais dans les greniers et les caves où vivent les malheureux. » Dès lors, à l’instar de François d’Assise, Antoine n’aura de cesse de se mettre à la suite de « Dame pauvreté ».

DES ENFANTS ÉVANGÉLISÉS, DES PRÊTRES FORMÉS

En 1857, il quitte son poste de vicaire de la paroisse Saint-André de la Guillotière et devient aumônier de la cité de l’Enfant-Jésus, fondée par l’abbé Camille Rambaud. Il s’y consacre notamment aux enfants, qui travaillent près de douze heures par jour à l’usine et grandissent dans une ignorance presque totale de la religion. Son but : les préparer à la première communion. « Faire une bonne première communion, dit-il, c’est faire une bonne mort. »

Mais ses ambitions diffèrent de celles du fondateur, Camille Rambaud, et, en 1860, Antoine Chevrier, grâce aux dons de nombreux habitants de la région, riches comme pauvres, achète Le Prado, une salle de bal mal famée de la Guillotière. Petit à petit, il transforme cette vaste salle en maison d’accueil et en chapelle. Au plafond , il fait écrire : « Aimez-vous les uns les autres. » Au début, Antoine reprend simplement son oeuvre de préparation à la première communion auprès des plus pauvres. Très vite, il comprend que sa mission est de former ces enfants à la sainteté. « Mes chers enfants, leur dit-il, il nous faut devenir des saints. Aujourd’hui plus que jamais, il n’y a que les saints qui pourront régénérer le monde, travailler utilement à la conversion des pécheurs et à la gloire de Dieu. »

Pour entrer au Prado, trois critères sont requis : « Ne rien savoir, ne rien avoir et ne rien valoir. » Pour nourrir ses enfants, Antoine refuse de les faire travailler et, quand les dons ne suffisent plus, il mendie.

À partir de 1866, l’abbé Antoine Chevrier établit, au sein même du Prado, une petite école de théologie où il accueille des aspirants à la prêtrise. Il souhaite y transmettre la spiritualité sacerdotale telle qu’il la conçoit, c’est-à-dire à l’imitation du Christ pauvre. Pour lui, le prêtre doit observer à la lettre les conseils évangéliques. À l’instar du religieux, la pauvreté, la chasteté et l’obéissance ne doivent pas être de simple s aspect s de sa vie, mais sa vie même. Les prêtres doivent également vivre en communauté. Pas seulement sous le même toit, comme c’était déjà souvent le cas, mais en partageant réellement leur vie spirituelle, n’ayant qu’un seul coeur et qu’une seule âme.

Le 26 mai 1877, à la basilique Saint-Jean-de-Latran à Rome, Antoine, ému aux larmes, assiste à l’ordination de quatre premiers prêtres. Malgré sa santé déclinante, il a fait le voyage pour les présenter lui-même. Il meurt le 2 octobre 1879 et est enterré dans la chapelle du siège du Prado. Il a été béatifié par le pape Jean-Paul II lors de sa visite à Lyon, le 4 octobre 1986, devant 350 000 fidèles.

Aujourd’hui, le Prado est présent sur tous les continents, dans près de cinquante pays, et compte plus de mille prêtres, de nombreuses soeurs et un nombre croissant de laïcs consacrés.

Antoine de Montalivet

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