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Massacre dans une église à Haïti

Kenscoff / credit : WikiCommon DR

L’attaque a duré plusieurs heures. Durant cette « nuit de terreur » du 23 au 24 août, des bandes armées s’en sont prises directement à un camp de déplacés installé dans une église à Kenscoff, commune d’environ 50 000 habitants surplombant la capitale, Port-au-Prince. Selon un bilan provisoire, il y aurait au moins 47 victimes.


Ce massacre, opéré contre des populations civiles sans défense qui avaient fui leurs domiciles précisément en raison de la violence des gangs, envoie le signal qu’aucun refuge n’est sûr. Devant l’inefficacité des autorités, Mgr Pierre-André Dumas a réagi dans un communiqué intitulé « Assez de massacres ! Assez ! C’est assez ! C’en est trop ! ». Le vice-président de la conférence épiscopale y exhorte le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé et son gouvernement à agir immédiatement pour protéger les Haïtiens : « Combien de mort faudra-t-il encore pour que la protection de la vie humaine devienne l’urgence absolue de l’État Haïtien ? ...Haïti ne peut pas devenir un immense cimetière ...l’heure est à l’action ». Lui-même a été victime d’une attaque à main armée. Connu pour ses déclarations réclamant le désarmement de tous les gangs, l’évêque s’est naguère offert en otage à la place de religieuses ou de citoyens kidnappés.

Sa colère est tout particulièrement dirigée contre une classe dirigeante qui se montre incapable d’assurer ses fonctions essentielles. « La sécurité de la population n’est pas une faveur que l’État accorde : elle est l’une de ses obligations premières », rappelle-t-il. L’administration haïtienne, qui ne contrôle plus qu’un quart de la capitale Port-au-Prince, apparaît de plus en plus illégitime. Dimanche 30 août, des élections législatives et présidentielles devaient se tenir. Elles auraient été les premières depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, en 2021. Mais elles ont été reportées au mois de décembre en raison des problèmes sécuritaires. Toutefois bien peu de Haïtiens croient que les élections pourront effectivement avoir lieu dans quatre mois. Le discrédit de l’actuel gouvernement est à son comble.

Ce sentiment est d’autant mieux ancré dans les mentalités qu’il a des racines profondes. Les milices d’État haïtiennes ont été fondées par la dynastie des Duvalier (1957-1986) avec les tristement célèbres « Tontons Macoutes ». En 1995, le président Aristide, craignant un coup d’État, a dissout l’armée, laissant les gangs régner en son nom. Plus récemment, en 2018, le gouvernement a eu recours à ces groupes pour réprimer une importante révolte populaire. Depuis, les gangs sont de facto maîtres du pays. Dans ce contexte d’abandon de l’autorité de l’État à des groupes armés hors de contrôle, l’Église fait figure de dernière institution encore debout. « Nous sommes le dernier rempart : moral, éthique, spirituel et prophétique... C’est pourquoi ils veulent nous éliminer », assure Mgr Joseph Gontrand Décoste, évêque de Jérémie, à l’ouest du pays.

Il décrit les actions que mène l’Église haïtienne pour venir en aide avec les moyens dont elle dispose. Elle accueille des milliers de déplacés dans les diocèses du Sud et de l’Ouest, propose des programmes d’enseignement en ligne, diffuse des messes et des émissions religieuses par le biais des radios diocésaines, et maintient, lorsque cela semble possible, les pèlerinages et les processions. Les fidèles bravent souvent l’insécurité pour participer aux grandes célébrations, comme le chemin de croix ou les principales fêtes mariales.


(Sources : Aide à l’Église en Détresse, 27/08/2026 et 28/08/2026 ; Christian Today, 28/08/2026)

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