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Le Cameroun a pansé ses blessures pour accueillir le Pape

Mgr Paul Nyaga

« Le Cameroun est la deuxième maison du Pape », assure Mgr Paul Nyaga, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale. Se réjouissant de la venue de Léon XIV, du 15 au 18 avril, il rappelle l’enthousiasme soulevé par les deux voyages de Jean-Paul II (en 1985 puis en 1995) et celui de Benoît XVI (en 2009). Le prélat ajoute que plus d’un tiers des Camerounais sont catholiques et près des deux tiers chrétiens… bref, c’est un déplacement en territoire ami !

Territoire ami, certes, mais pas pacifique pour autant, au regard de l’actualité qui endeuille le pays depuis une dizaine d’années. Le conflit qui a opposé les séparatistes des régions anglophones, a causé la mort de près de 7 000 personnes et le déplacement d’environ 800 000 Camerounais. Ce n’est donc pas un hasard si le programme du voyage pontifical prévoit une visite à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest, épicentre de cette guerre civile qui déchire le pays.

La visite du pape a été l’occasion d’un accord historique entre les chefs séparatistes et le gouvernement. Des routes livrées aux bandits, jamais entretenues, ont été rouvertes, et l’aéroport de la ville peut à nouveau accueillir des avions. Auparavant, les entreprises qui tentaient de maintenir en état les infrastructures étaient attaquées, leurs engins incendiés. Elles refusaient par conséquent d’opérer dans ces zones sous tensions. Les gestes de bonne volonté qu’ont été capables de faire les séparatistes sont donc un pas encourageant en direction d’un retour de la paix. Il en restera un autre à faire du côté du gouvernement qui a sa part de responsabilité dans le conflit, et dont la légitimité est contestée. En effet, le président actuel, Paul Biya, a été réélu en 2025, à l’âge de 93 ans, dans des circonstances troubles. Au pouvoir depuis plus de 43 ans, il est le plus vieux chef d'État au monde et le quatrième plus ancien en fonction...

Dans ce contexte trouble, l’Église camerounaise joue un rôle de garde-fou, dans la mesure de ses moyens. Ainsi, la Commission épiscopale Justice et Paix a-t-elle proposé de placer des observateurs dans les bureaux de vote du pays. Le gouvernement ne les a autorisés que dans un tiers des cas, et dans ceux qui ont été mis en place, on a constaté divers cas de fraudes. « Nous n’avons pas assez d’éléments pour contester l’élection », explique Mgr Emmanuel Dassi, évêque de Bafia, au centre du Cameroun, mais de toute évidence un chantier démocratique s’ouvre devant les Camerounais. L’évêque décrit une Église camerounaise dynamique, riche d’une population de fidèles fervente, mais qui fait face à des défis constants. Son diocèse compte 77 prêtres pour 30 séminaristes, soit un taux de relève qui ferait rêver bien des évêques en Occident, mais qui n’a rien de superflu au regard des défis qui attendent le pays.

« Dans les zones rurales, nous avons du mal à couvrir les besoins de tous les fidèles, les paroisses sont trop dispersées… On me demande d’en ouvrir dix nouvelles, à court terme ! », assure-t-il. Il souligne aussi la fidélité de ceux qu’il appelle des « témoins du quotidien », capables de faire des kilomètres à moto pour assister à la messe dominicale… Mais lorsqu’un village n’est pas desservi par l’Église, d’autres occupent la place, regrette-t-il. Ainsi, diverses sectes chrétiennes foisonnent, avec toutes les arnaques qu’on rencontre dans ces mouvements.

C’est donc une Église à la fois riche et dans le besoin, bien établie et en chantier, que visite le pape Léon XIV, résume le prélat. Il espère que la devise du voyage pontifical : « Que tous soient un » (Jean 17,21), sera entendue. 

(Sources : Aide à l’Église en Détresse,14/04/2026 ; KTOTV, 25/02/2026)

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