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Canada. Messe de l’Épiphanie au musée

Le père Peter Galadza bénit les eaux lors de la Grande Bénédiction, le 6 janvier, sur la rivière des Outaouais, à l’issue de la Divine Liturgie de la Théophanie célébrée au Musée canadien de l’Histoire, à Gatineau (Québec). (Photo : Benjamin McGovern)

Le 6 janvier 2026, la Divine Liturgie de l’Épiphanie résonna dans la plus importante pièce du Musée canadien de l’histoire, à Ottawa : l’église Saint-Onuphre. La célébration se poursuivit avec la procession vers les eaux gelées de la Rivière des Outaouais qui sépare Gatineau d’Ottawa. Car, le jour de l’Épiphanie, les catholiques ukrainiens de rite byzantin célèbrent davantage le baptême du Seigneur que la visite des Mages.

Une messe au musée, avec procession vers un fleuve gelé pour célébrer le baptême du Seigneur, un 6 janvier... sans galette, ni fève. On y perd son latin !

Pour comprendre ce que fait une église dans une salle de musée et pourquoi des catholiques ukrainiens célèbrent à l’Épiphanie le baptême du Christ sur la glace d’une rivière gelée de l’Ontario, il faut remonter le fil de l’histoire dans les plaines de l’ouest canadien.

Environ 170 000 Ukrainiens arrivèrent au Canada entre 1891 et 1914. Une forte communauté s’implanta dans l’Alberta. Leur rêve américain fut confronté aux réalités du terrain : défrichement, isolement, rigueur du climat, et fermes à construire. Ils ont marqué ce territoire de leur culture et édifièrent notamment des dizaines de petites églises en bois. L’une de ces églises catholiques, dédiée à saint Onuphre, fut bâtie entre 1915 et 1928, à Barich, au nord-est d’Edmonton, près de Smoky Lake.

Plus tard, en 1989, le Musée canadien de l’histoire ouvre ses portes à Gatineau, sur la rive québécoise de la Rivière des Outaouais, en face d’Ottawa. 2026 marque le 30ème anniversaire de l’acquisition de la plus grande pièce de la salle consacrée à l’histoire du Canada : cette église Saint-Onuphre, démontée et transportée depuis Barich et entièrement reconstruite au musée en 1996. L’église catholique ukrainienne de rite byzantin obtint que cette petite église en bois serve toujours au culte.

C’est ainsi que la Divine Liturgie de l’Épiphanie fut célébrée au musée gouvernemental le 6 janvier dernier. Le père Raymond J. de Souza, fondateur et rédacteur en chef du magazine Convivium, explique au National Catholic Register : « L'Épiphanie, pour les catholiques byzantins (et les orthodoxes), commémore le baptême de Jésus. La “grande bénédiction des eaux” qui suit l'Eucharistie est idéalement célébrée près d'un cours d'eau, puisque Jésus a été baptisé dans le Jourdain. À Ottawa, cela signifie affronter des températures de -9 °C. » Une grande croix byzantine de 3 mètres de haut a été sculptée dans la glace pour agrémenter la procession. L’Eglise tient à ce témoignage de foi public entre le musée et le Parlement fédéral.

Chez les catholiques latins, l’Épiphanie (fêtée le 6 janvier et reportée au dimanche le plus proche) est associée à l’adoration des Rois mages à Bethléem. Le mot “épiphanie” signifie “manifestation”. Plusieurs événements relatés dans les Évangiles témoignent d’une manifestation plus visible du Christ comme véritable envoyé du Père : « Dans l'Église primitive […] l'“épiphanie” ou “manifestation” de Jésus comprenait trois moments clés : l'arrivée des Rois mages à Bethléem, le baptême dans le Jourdain et le premier miracle aux noces de Cana », précise le père Raymond de Souza. La liturgie latine actuelle fait encore écho à cette triple “manifestation” : « Aujourd’hui, l’Église est unie à son Époux : le Christ, au Jourdain, la purifie de ses fautes, les mages apportent leurs présents aux noces royales, l’eau est changée en vin, pour la joie des convives, alléluia. » (antienne Benedictus de l’office des Laudes de l’Épiphanie.)

Le rite catholique byzantin intègre l’adoration des Mages à Noël et les noces de Cana lors des mariages. « Cela fait du Baptême du Seigneur le seul objet de l'Épiphanie dans le rite byzantin, raison pour laquelle les chrétiens byzantins du monde entier se rassemblent au bord des fleuves le 6 janvier. »

(Sources : ncregister.com, historymuseum.ca)

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