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« J’ai cherché Dieu de tout mon cœur »

Musulmane pratiquante, Anna * s’est convertie cette année au christianisme avec ses deux jeunes sœurs, malgré la désapprobation familiale.

J’ai fait la connaissance d’Anna par l’intermédiaire de Bruno Guillot, auteur du livre Adieu Soulayman. « C’est une jeune convertie qui est en train de rédiger sa biographie, elle a beaucoup à dire », m’a t-il confié. Le rendez-vous en visio est fixé un lundi à 14 heures. Je découvre à travers l’écran de mon ordinateur une jeune fille aux cheveux bruns parfaitement plaqués et rassemblés en une queue de cheval sage. Ses yeux noirs sont dissimulés par de grosses lunettes carrées aux branches épaisses de la même couleur. L’entretien débute. À la douceur de sa voix répond la force de son caractère, identifiable dès les premières minutes. Si Anna est calme, je n’en devine pas moins les tempêtes qui doivent bousculer son intérieur. Et pour cause. La jeune femme, élevée dans la religion musulmane, a récemment fait le choix de suivre le Christ, « d’accepter Jésus comme Seigneur et Sauveur », selon ses propres mots. Une décision lourde de conséquences… 

Aînée de deux jeunes sœurs, Anna est née à Charleroi il y a vingt-quatre ans, d’une mère algérienne musulmane – émigrée à l’âge de sept ans – et d’un père belge converti à l’islam il y a deux ans. « À la maison, on n’a jamais prié. On vivait un islam culturel. On avait un coran, on faisait le ramadan et c’est tout. Je croyais en Dieu, sans plus. » Mais en grandissant, Anna a besoin de comprendre qui est ce Dieu dont tout le monde parle et ce qu’il attend d’elle. Elle a conscience que cela ne peut pas se résumer à se priver de nourriture une fois par an. Un peu avant ses dix-huit ans, elle entame des recherches, étudie le Coran en français et s’intéresse aux apologètes musulmans. Peu à peu, la brume se dissipe pour l’adolescente qui commence à prier cinq fois par jour et impose la nourriture halal à la maison. « Ma mère était contente, jusqu’au stade où j’ai décidé de porter le voile. Pour elle, c’était trop, ça risquait de me fermer des portes à l’école. » Car la jeune fille est ambitieuse, elle souhaite devenir gynécologue et s’inscrit à l’université de médecine. Mais plutôt que sa mère, elle choisit d’écouter Dieu, lui qui aurait dit à Mahomet : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines » (sourate 24, verset 31). Quand les professeurs lui demandent d’enlever le voile, elle s’exécute à contre-cœur : « Se couvrir les cheveux est une obligation. Dieu l’a dit, donc il faut le faire sans réfléchir pour éviter l’enfer. » 

Un pari pour tout gagner 

C’est sur les bancs de l’école que son destin va basculer. « Une rencontre, c’est quelque chose de décisif, une porte, une fracture, un instant qui marque le temps et crée un avant et un après », écrit Éric-Emmanuel Schmitt dans l’Évangile selon Pilate. Cette phrase, il aurait pu l’adresser à Anna qui se lie d’amitié avec Miguel, un chrétien. Leur coup de foudre amical débouche sur une relation amoureuse. Mais elle est musulmane, il est chrétien, et chacun souhaite plaire à Dieu. « Je lui disais : "T’inquiète, un jour tu comprendras." » Mais le jeune homme qui a de la ressource lance un défi à sa partenaire : « Prouve-moi que Jésus n’est pas mort sur la Croix et je commencerai à m’intéresser à l’islam. » Pari accepté. Anna commence à lire la Bible, afin de débattre sur le sujet en protagoniste éclairée. « Pour moi, Jésus n’était pas le Fils de Dieu, c’était évident, mais il fallait le prouver. » Puis Miguel lui pose deux questions qui font naître ses premiers doutes : « As-tu une relation personnelle avec Dieu ? Ressens-tu son amour ? » Suite à une conférence sur la glorification de Dieu, il préfère mettre un terme à leur relation, laissant la jeune femme seule à ses réflexions. « J’ai continué à lire la Bible, je n’avais rien à perdre », raconte-t-elle. Mais les recherches, loin de conforter Anna dans sa foi, la déstabilisent davantage, car elle réalise que l’amour de Dieu dont lui a tant parlé Miguel lui est étranger. « J’ai arrêté de prier de manière islamique et j’ai demandé : "Seigneur, révèle-toi à moi, je ne sais plus qui tu es." Puis un soir, j’ai senti du vent dans mes oreilles et une voix m’a soufflé : "Continue de chercher." » Le lendemain, la jeune Belge ouvre sa Bible là où elle l’avait laissée, pour découvrir le chapitre 2 des Actes des Apôtres : « Soudain, un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. » Elle comprend que Dieu lui parle : « C’est clairement ce que j’avais expérimenté la veille… » 

Pourtant, il lui faut des preuves supplémentaires pour quitter l’islam, car elle sait que sa mère la reniera, elle qui a promis de la chasser de la maison si elle embrassait un jour la religion chrétienne. Accompagnée de sa tante et de ses deux sœurs, elle rencontre un imam, un jeune Belge converti, qui a pour mission d’étouffer dans l’œuf les doutes de la jeune fille. Mais bien qu’il réponde avec précision à toutes ses questions, aucune des explications ne la convainc. « Quand je lui demande pourquoi on ne croit pas à la résurrection, il me répond : "C’est par la foi qu’il a été enlevé au Ciel." Mais historiquement parlant, ça ne tient pas. » Comme le sait désormais Anna, si Jésus n’a pas été crucifié, aucun musulman ne peut dire qui était sur la Croix à sa place… À la suite de cette rencontre, elle décide d’aller frapper seule à la porte d’un pasteur chrétien, pour l’interroger sur la falsification de la Bible. « Tout s’est aligné. J’ai compris qu’il y avait vraiment un fil conducteur entre l’Ancien et le Nouveau Testament. » 

La dernière pièce du puzzle

Celle qui est aujourd’hui en dernière année d’études pour devenir kinésithérapeute continue de lire la Bible et de prier Dieu pour qu’il se révèle à elle. Pour gagner de l’argent de poche, elle travaille à mi-temps chez Quick. Un soir, elle aperçoit au loin, depuis sa fenêtre du drive, Bruno Guillot, un musulman converti qui s’exprime sur les réseaux sociaux. « Miguel m’avait montré une ou deux vidéos de lui plusieurs mois plus tôt. Je voulais aller lui parler, mais je ne pouvais pas quitter mon poste. Je me retourne pour attraper une commande et, une minute plus tard, il était devant moi. » Un court dialogue s’installe.

« C’est toi, Bruno Guillot ? Je suis en recherche, je ne sais plus qui est Dieu…  Prends mon numéro de téléphone, je vais t’aider. » 

Le lendemain, quand elle le contacte, il lui dit : « "Anna, je suis la dernière clé." À cet instant, j’ai compris que c’est moi qui avais endurci mon cœur et j’ai accepté Jésus comme Seigneur et Sauveur. » En février 2025, Anna devient chrétienne, forte d’une paix abondante, elle se sait enfant de Dieu, aimée. Sa sœur Leïla (23 ans) se convertit deux mois après elle, et son autre sœur, Lina (20 ans), deux mois plus tard encore. En juillet dernier, les trois filles annoncent à leur mère leur conversion. C’est le choc. « Elle était très en colère contre moi, raconte-t-elle. Elle l’est toujours, d’ailleurs. Elle pense que j’ai amené mes sœurs dans une secte, que j’ai détruit la famille. Au début, ça me faisait mal, mais je prie pour elle, pour qu’elle comprenne. » 

Celle qui espère bientôt se faire baptiser souhaite partager un message au plus grand nombre : « Cherchez Dieu de tout votre cœur, Il se révélera à vous. Ne dit-il pas : "Vous me chercherez, et vous me trouverez, si vous me cherchez de tout votre cœur" (Jr 29,13) ? »

* Dans un souci d’anonymat, les prénoms ont été modifiés. 

Marie-Ève Bourgois

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