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« Prêtre-pompier » à Bukavu

© CC0 publicdomainpictures.net, Jean Beaufort.

Lundi 21 septembre, quatre incendies ont simultanément frappé la ville de Bukavu, capitale du Sud-Kivu, province de la République démocratique du Congo (RDC), située dans l’est du pays, à la frontière avec le Rwanda. 5 personnes sont mortes durant le sinistre, qui a détruit plus de 500 habitations. Une semaine plus tôt, l’incendie d’une école avait tué 27 élèves, provoquant une vague d’émotion nationale.

Les autorités qui gèrent cette partie disputée de l’est de la RDC n’ont pas privilégié la piste d’un attentat. Une rumeur, qui n’a pas été étayée à ce jour, évoque l’existence d’incendiaires qui souhaitent que la milice M23 qui gouverne la ville s’en aille. Mais même s’il n’y avait pas d’acte criminel déclencheur, beaucoup de circonstances favorables au feu s’accumulent en ce moment, dans la capitale du Sud-Kivu. La région connaît des températures supérieures à 30°C, ce qui est très au-dessus des normales saisonnières. Les pluies se font attendre, et l’état des infrastructures surpeuplées facilite les drames. A cause des crises d’approvisionnement qui frappent régulièrement la ville, beaucoup d’habitants stockent de l’essence chez eux. Par ailleurs, il n’y a plus de brigade de pompiers équipée. La ville, qui compte près de deux millions d’habitants, a grossi en raison de l’afflux de réfugiés chassés par la guerre civile, qui ont bâti des abris précaires avec des matériaux souvent inflammables.

Confronté lui aussi à cette situation dramatique, le vicaire général de Bukavu, le père Floribert Bashimbé, ne cherche pas à identifier les responsables de la crise humanitaire en cours. L’Église est appelée sur tous les fronts et le jour des incendies du 21 septembre, il était en route vers l’hôpital catholique de Kalehe. Il s’agit d’une longue route, rendue dangereuse par des bandes armées mal contrôlées, pourtant le prêtre assure : « Il ne faut pas se laisser enfermer. Les gens ont besoin de notre aide ».

Cet établissement n’a plus d’eau depuis des mois, bien que des travaux aient été entrepris. « Nous avions le budget nécessaire, les techniciens avaient fait leur travail, mais les responsables des travaux de l’hôpital ne voulaient pas payer », résume le prêtre qui s’amuse rétrospectivement de cette situation ubuesque. Il a dû de son propre aveu « se fâcher » pour que l’argent soit versé et les travaux accomplis. « Je n’aime pas qu’on fasse payer les petits », commente-t-il. L’absence d’eau courante dans l’hôpital était très préjudiciable pour tous les patients, souvent modestes, qui le fréquentent.

Cette anecdote illustre aux yeux du prêtre le mal qui ronge son pays en ce moment, l’absence de confiance. Quand quelqu’un obtient un peu de pouvoir, d’argent ou autre, il s’y accroche et tous les échanges se crispent. Les autorités sont décrédibilisées par l’absence de services publics, aussi bien que par la présence du M23. Cette milice, soutenue par le Rwanda, prétend administrer le territoire à la place du gouvernement qui siège dans la lointaine Kinshasa, sur la côte Atlantique.

Dans cette situation de confusion et d’abandon, la population s’en remet souvent à l’Église et à ses « pompiers », les religieuses et les prêtres, tel l’abbé Floribert. Ils agissent courageusement mais avec des moyens dérisoires, pour tenter d’empêcher que tout le Sud-Kivu ne s’effondre dans la guerre et la misère.

Sources : Le Monde (12/09/2026), RFI (22/09/2026) et correspondance personnelle

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