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Nigeria : « Mon peuple vit un Exode »

Mgr Mark Nzukwein en 2023, en visite au siège de l’Aide à l’Église en Détresse (AED)

« La Semaine Sainte, pour nous, n’est pas un événement appartenant à l’histoire mais la vie elle-même ; elle s’incarne dans mon peuple », témoigne Mgr Mark Nzukwein, évêque du diocèse de Wukari, dans l’État de Taraba. Cet État, situé à l’Est du pays, jouxte deux autres, le Plateau et Benue, qui sont eux aussi dans une situation sécuritaire préoccupante. Toute la « Ceinture centrale », cette vaste zone qui traverse le pays d’ouest en est et qui sépare le Sahara au nord de l’Afrique équatoriale au sud, subit les assauts de groupes djihadistes armés.

Dans le diocèse de Mgr Nzukwein, les djihadistes se sont déchaînés lors des dernières semaines. Sept presbytères et résidences de prêtres ont été vandalisés. Les lieux avaient été évacués au préalable, car les chrétiens savaient qu’ils risquaient d’être attaqués. L’évêque établit un lien entre ces attaques et les manifestations pacifiques organisées par les chrétiens de son diocèse pour protester contre les violences antichrétiennes qui avaient dévasté le pays au début de cette année. Plus de 200 églises et lieux de prière avaient été pris pour cibles et 80 fidèles assassinés. « Cette manifestation était un signe de solidarité et un acte de protestation contre le manque de sécurité. Notre diocèse est assailli par la violence des milices ethniques peules qui attaquent les populations, créant une tragédie majeure dans toute la région de Taraba », explique l’évêque.

En réagissant à cette manifestation pacifique, les terroristes djihadistes passent le message que la communauté catholique n’a pas le droit d’exister. Elle a le choix de fuir ou d’être exterminée. L’État de Taraba compte déjà plus de 90 000 déplacés internes. « Nous savons que les djihadistes se regroupent, nous avons donc averti la population qu’il allait y avoir de nouvelles attaques. L’armée est débordée. Les miliciens armés peuls sont bien plus nombreux », déplore Mgr Nzukwein, qui ajoute : « Mon peuple expérimente un exode. Je vois les ré sans cesse se déplacer avec leurs affaires d’un endroit à un autre ». Pour comble, le diocèse a récemment perdu sa cathédrale, qui a été détruite par un incendie causé par une surtension électrique, le 4 mars 2026. Malgré les efforts pour éteindre le feu, l’édifice a été réduit en cendres.

« Humainement parlant, il semble que tout nous a été enlevé », déclare l’évêque. Pourtant, il souligne que l’espérance et la solidarité de son peuple se renforcent en ces temps difficiles : « Nous sommes éprouvés, et c’est un privilège. Nous voyons le monde se fragmenter et mon diocèse est l’un de ces endroits ». Le prélat décrit des pauvres qui donnent le peu qu’ils ont. Des amis protestants et musulmans qui proposent spontanément leur aide.

Dans l’avalanche de mauvaises nouvelles qu’il reçoit quotidiennement, un incident l’a encouragé. Dans l’un des presbytères vandalisés par les djihadistes, ceux-ci ont tenté de brûler une croix dressée là, et n’y sont pas parvenu, comme un symbole de la vivacité de la foi de la communauté catholique nigériane.

(Source : Aide à l’Église en Détresse, 27/03/2026)

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