Ghana : la Grâce transcende les divisions

La région de Damongo, au nord-est du Ghana, est le théâtre d’affrontements violents. Les 23 ethnies qui y résident, s’opposent pour la possession de territoires de savane dans lesquels sédentaires et nomades cohabitent. Les droits de pâturage et les reconnaissances d’autorités traditionnelles donnent lieu à des échanges de tirs et à des déplacements de population. En 2025, près de 50 000 personnes ont fui la zone en raison de ces conflits. 

L’évêque de Damongo a tenté de mettre fin à l’un de ces affrontements en s’adressant aux chefs traditionnels qui y sont impliqués. Sans nommer les protagonistes, il explique que l’origine des derniers heurts provient d’un simple différent qui s’est envenimé. Un groupe qui s’estime lésé a tenté de résister, déclenchant une réaction très violente des tribus les plus puissantes. « Les gens souffraient, les gens mouraient. Certains traversaient le fleuve Volta pour se réfugier en Côte d’Ivoire, d’autres fuyaient vers le Burkina Faso », déplore Mgr Peter Paul Angkyier.

Il s’est rendu auprès des chefs de tribus les plus influents pour tenter de mettre fin à ces exactions. « J’ai essayé de dialoguer avec différents chefs traditionnels, mais j’ai eu l’impression qu’ils ne voyaient pas où était le problème », se souvient-il. Aux yeux des chefs locaux que le prélat rencontrait, les victimes avaient causé leur propre malheur en remettant en cause l’ordre social établi dans la région depuis des temps immémoriaux.

Leur réponse a révolté l’évêque : « Saint Thomas d’Aquin disait qu’une loi injuste ne doit pas être respectée, rappelle-t-il.  S’il existe des systèmes injustes, la seule manière d’obtenir la paix est de les réformer. » Mais il n’a pas eu gain de cause et reconnaît que la réforme des mentalités prendra du temps. D’autant plus de temps que les catholiques ne représentent que 7% de la population de Damongo qui est à majorité musulmane et animiste. En revanche, l’Église catholique gère près de 75% des écoles primaires de la région. Elle offre aux jeunes l’occasion de rencontrer des camarades de toutes les ethnies, et contribue à lutter contre les préjugés hostiles.

Dans une même logique de pacification, l’Église organise des rencontres entre responsables communautaires, chefs traditionnels, groupes de jeunes et bien d’autres. Le dialogue interreligieux est d’autant plus crucial dans le diocèse de Damongo que nombre de familles y sont mixtes.

Mais aux yeux de l’évêque, la meilleure façon de changer les cœurs consiste à unir les personnes autour d’un idéal commun. C’est ce qu’on fait deux prêtres d’ethnies aux antagonismes ancestraux, le 29 août 2026. Ils ont reçu leur ordination sacerdotale côte à côte. « Je leur ai dit que, grâce à eux, leur peuple devait comprendre que nous formons une seule communauté et que nous partageons la même dignité », conclut Mgr Peter Paul Angkyier.

(Sources : Aide à l’Église en Détresse 02/11/2026 ; The Custodian 14/09/2025)

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