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Léon XIV, nous vous attendions !

Entre ferveur populaire, défis de l’Église et appel à la paix, le voyage apostolique du pape Léon XIV dessine les contours d’une France en pleine mutation.

© DR, Octavie Pareeag.

Dix-huit ans. Il aura fallu attendre près de deux décennies pour revoir un pape à Paris et à Lourdes. En septembre 2008, Benoît XVI avait marqué les esprits par ses discours sur la foi et la raison avant de rejoindre la cité mariale pour le 150e anniversaire des apparitions. Depuis, François a visité Strasbourg, Marseille et la Corse, sans jamais se rendre dans la capitale. Ce 25 septembre, Léon XIV renoue avec ce rendez-vous français.

Le premier pape américain arrive dans un pays bien différent de celui qu’avait connu son prédécesseur. Aux tensions politiques et sociales s’ajoutent la guerre en Europe et les débats sur l’aide à mourir. Quant à l’Église, affaiblie par les révélations d’abus, elle connaît un regain des demandes de baptême : à Pâques 2026, plus de 21 000 adultes et adolescents ont reçu ce sacrement en France.

Quel message Léon XIV apporte-t-il à cette France contrastée ? Son ap-partenance augustinienne offre une première clé de lecture. Pour le père Bernard Ardura, président émérite du Comité pontifical des sciences historiques, le pape est « un homme à l’écoute, qui donne la priorité à l’intériorité, et qui porte le souci de l’unité et donc du pardon et de la réconciliation ».

PARIS, ENTRE DIPLOMATIE ET DÉVOTION

À peine arrivé sur le sol français, Léon XIV est reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron. Devant quelque cinq cents personnalités politiques et religieuses, le Pape a prononcé son premier discours depuis la salle des fêtes du palais présidentiel et a salué l’héritage chrétien de la France. La laïcité figure parmi les premiers sujets abordés lors de la rencontre entre les deux hommes. Pour Léon XIV, la séparation des institutions ne saurait empêcher leur dialogue ni effacer la dimension religieuse de la société. Ce dialogue n’exclut pas leurs désaccords, notamment sur les questions de bio-éthique. Après la promulgation, le 18 août, de la loi sur l’aide à mourir, il n’hésite pas à réaffirmer que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il appelle aussi à encadrer l’intelligence artificielle d’une réflexion éthique et exhorte la France à poursuivre son engagement pour la paix. Le Pape, longuement applaudi à la fin de son discours, a assuré que « la France est très souvent au coeur de [s]a prière », n’oubliant pas ses origines familiales normandes et béarnaises.

Léon XIV arrive au siège parisien de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) vers quinze heures. Il succède à Jean-Paul II, venu en 1980. Le Pape défend le multilatéralisme, la paix et le respect de la dignité humaine face aux bouleversements technologiques.

Changement de décor. Après avoir traversé Paris en papamobile sous les acclamations de 300 000 personnes, il franchit les portes de Notre- Dame de Paris. Premier souverain pontife à s’y rendre depuis sa réouverture, il préside les vêpres devant 8 000 ecclésiastiques, diacres et séminaristes. Il salue la « splendeur » de l’édifice et « l’excellence » du savoir-faire français. La cathédrale restaurée offre un symbole à une Église appelée, elle aussi, à retrouver confiance et unité.

La soirée est loin d’être terminée. Léon XIV quitte les voûtes de Notre- Dame pour rejoindre le Stade de France, où 80 000 jeunes l’attendent. Son arrivée en papamobile déclenche une immense ovation. Les uns scandent son nom, d’autres, les mains jointes, l’accueillent dans le recueillement. Léon XIV les encourage : « Vous êtes les saints de France ! »

Le lendemain, le Saint-Père visite la Maison Bakhita, dédiée à l’accueil des migrants, puis l’Institut catholique de Paris. Dans une France sécularisée, Léon XIV s’émerveille de voir tant d’hommes et de femmes frapper aux portes de l’Église.

L’après-midi, de l’Arc de triomphe à la place de la Concorde, la foule s’étend à perte de vue. Sous les arbres aux couleurs automnales, quelque 800 000 fidèles et curieux assistent à cette messe historique. Vêtu de blanc, Léon XIV descend les Champs-Élysées, saluant la foule et bénissant les enfants. Dans son homélie, il évoque cette « soif de sens, de vérité et d’accomplissement » à laquelle seul le Christ peut pleinement répondre. Il invite aussi l’Église de France à puiser dans son héritage chrétien pour faire rayonner l’espérance, la paix et la fraternité.

LOURDES, UNE PRIÈRE POUR LA FRANCE

Le soir même, Léon XIV rejoint Lourdes, accueilli par des milliers de pèlerins entonnant des Ave Maria. À la grotte de Massabielle, il s’agenouille devant la Vierge, touche la paroi rocheuse et boit un verre d’eau de la source. Pèlerin parmi les pèlerins, il confie alors la France à Notre Dame, implorant « le don de la concorde fraternelle ». Il prie pour une société sans violence ni haine, attentive aux plus fragiles : « Obtiens pour la France des dirigeants sages et généreux, prêts au sacrifice d’eux-mêmes, capables d’affronter les défis et voulant servir le bien commun. »

METZ, EN QUÊTE DE PAIX

Dernière étape de ce voyage, Metz donne une portée européenne au message pontifical. Dans un continent confronté à la guerre, cette étape souligne la valeur de la réconciliation franco-allemande et du dialogue pour bâtir une paix durable.

Tout au long de son voyage, Léon XIV a cherché à renouer les liens entre l’Église et la société française, à rapprocher les peuples européens et à soutenir les personnes blessées. Quatre jours ne suffiront pas à réparer les fractures, mais il appartient désormais à la France et son Église de faire fructifier les graines de fraternité semées. Cette visite aura au moins révélé une chose : nous pouvons vivre ensemble et cheminer vers le Christ. Et c’est bien là toute la Bonne Nouvelle.

 

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Octavie Pareeag

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